Midem: Musique = Trop d’outils, de diktats, pas assez de “pourquoi”.

lapin

J’ai eu la chance cette année de pouvoir voir le Midem différemment. En effet, comme modératrice du panel “Re-inventing the music industry, the next generation’s voice” et experte en stratégie digitale pour le Midemnet+, j’ai ainsi pu approcher, discuter et partager opinions, infos, outils avec des artistes, entrepreneurs, “penseurs”, journalistes, panélistes…..Bref, une ouverture rare. Et plus de 60 RDV en 4 jours.

Depuis des semaines, et je ne le cache pas, je suis très perplexe devant cette gabegie d’outils, de conseils, de diktats qui nous tombent dessus. Et je ne suis d’ailleurs pas la seule. Mr Bidibule s’est fendu d’un billet récemment sur le web marketing et le verre d’eau. Et Valery Bonneau de B comme Boxsons a mis en sommeil son blog, fatigué par cette course perpétuelle.

Alors on y a tous participé. Et j’en fais même un livre. Et des livres blancs. Et des articles. Mais je crois que nous tentons de rester dans l’essentiel. Et d’expliquer pourquoi. Ce n’est pas parce que ça existe que ça vaut le coup. Prenons le temps de la reflexion en amont.

La veille devient insupportable. Tous les jours de nouveaux conseils de “Comment faire venir tes fans à un concert” à un “Boulet, un nouvel outil pour tout synchroniser partout tout le temps“. Bien. C’est bien. Mais pourquoi l’utiliser? Pour qui? Dans quel contexte? Donc le comment, l’outil est plus important que le pourquoi? Faut pas s’étonner derrière si ça marche pas…

C’est également ce sentiment qu’avaient les personnes que j’ai pu rencontrer au Midemnet. Mais pas les gens du marché du disque. Avec qui j’ai ressenti une vraie scission.

Lors du Speakers Dinner, organisé par le Midem pour tous les speakers, je me suis lancée en fin de diner dans une grande discussion avec Imogen Heap, Emily White, Jeff Katzanlas, Jeremy Welt le VP marketing digital de Warner, Dave Kusek et Mike King de la Berklee Music School, Bruce Houghton de Hypebot et d’autres sur justement ce sentiment de course perpétuelle. Ces personnes sont des gens que je lis. Qui m’ont construit. Et qui sont aussi perplexes que moi sur tout ce brouillard. Ce bruit. Ce brouhaha.

Même si nous avons tous le sentiment d’y avoir participé.

Alors on est d’accord, et je le dis suffisamment, savoir utiliser Facebook, Youtube, Twitter, son site, les forums de fans, les analytics est primordial. Mais pas forcément tout. Pas forcément en même temps.

Et on est tous tombé d’accord pour dire que c’est trop. Vraiment trop. Il faut prendre le temps de réfléchir à ses objectifs, pour ensuite sélectionner les meilleurs outils pour aller chercher le bon public.

Sur Internet, on doit créer une histoire. Un contexte. Un contenu. Si vous n’en avez pas, alors ce n’est pas la peine de vous lancer dans la construction d’un site web. Ni même de twitter. ça me rappelle cette responsable du digital d’une grosse major qui me disait récemment “oui mais bon, tu ne te rends pas compte, comment veux tu gérer correctement 30 sites?“. Et bien tout simplement parce que peut être ces 30 sites n’étaient pas fondamentaux?

Si le seul contenu posté ne sera  que des dates de concerts ou de sortie disques, ou un jeu concours, cela ne sert à rien.

Il faudra quand même bien à un moment se poser la question du “tout ça pour quoi”? Eric Garland, de Big Champagne disait sur son panel “Il n’y a souvent aucune corrélation entre la popularité d’un artiste sur internet et les ventes qu’il réalise”. Ce n’est pas d’être celui qui est le plus vu qui compte. C’est d’être celui qui sait à qui il s’adresse, pourquoi et comment.

Et à côté de ça, des dizaines d’entreprises souhaitaient me rencontrer pour que je parle, écrive, évangélise sur leurs produits. Souvent de très très bons produits. Et intellectuellement, c’est primordial de savoir ce qui existe, ce qui se prépare. D’avoir le choix et d’anticiper le marché. Mais j’ai le sentiment qu’on nous présente ça comme la nouvelle recette magique. Que les outils surpassent leur utilité. Et utilisation. C’est à dire que ce que disaient certains dans les panels, ceux qui ont vraiment les mains dans le cambouis, n’étaient ni entendu ni compris par d’autres. C’est à dire que le Midem/participants conférences n’écoute pas ce que dit le Midem/participants marché du disque. Et réciproquement.

Mike Masnick, dans un article qu’il a écrit l’année dernière suite à son passage au Midem, disait qu’il avait le sentiment que l’industrie en était au stade du “marchandage”. Il se référait à la fameuse équation de Kubler Ross qui énonçait la mort sous la forme de 5 étapes: le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Sommes nous arrivés au stade de la dépression? Est-ce que cette course en avant vers un “toujours plus” signifie toujours cela? Je n’en ai aucune idée.

Je ne pourrais retenir en conclusion que mes panélistes qui expliquaient qu’ils n’avaient jamais tenté de révolutionner quoi que ce soit. Qu’ils avaient juste créé leur structure et travaillé différemment car ils ne trouvaient pas ailleurs ce qu’ils voulaient. Et qu’avec les différents outils de diffusion et distribution, ils pouvaient arriver à aller à peu près où ils voulaient.

Parce qu’ils s’étaient demandé, avant, où ils voulaient aller….

Illustration photo: “We want more”

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A propos de l'auteur

Virginie Berger est la fondatrice de DBTH (www.dbth.fr), agence spécialisée en stratégie et business développement notamment international pour les industries créatives (musique, TV, ciné, gastronomie), et les startups creative-tech. Elle est aussi l'auteur du livre sur "Musique et stratégies numériques" publié à l'Irma. Sur twitter: @virberg

9 commentaires

  1. Antoine says:

    C’est interessant de voir que les experts eux mêmes se sentent surchargés d’outils. Perso je suis beaucoup ton actualité ainsi que celle de Valery Bonneau (enfin moins maintenant forcement) et d’un tas d’autre gens qui s’y connaisent dans le domaine. J’ai testé beaucoup de ces outils pour mon groupe et je dois avouer que me retrouve avec une trousse a outil de compet sans savoir trop bien m’en servir.
    J’ai un twitter, mais peu de monde nous suit, je n’arrive pas a garder un flux de tweet regulier (sans avoir recours des RT ou a parler de ma santé gastrique), le facebook marche pas mal, j’utilise reverbnation pour la mailing list et widgets, bandcamp pour la vente, bigcartel aussi pour la vente physique, j’ai un compte noomiz parceque leur projet me semble interessant mais je ne sais pas trop comment le faire vivre, et je me retrouve a laisser un tas de ces outils en friche…
    Je pense que le plus gros souci c’est de savoir quoi en faire, comment faire et pour qui le faire. et ca… bah ca… baaaah c’est pas simple :D
    Merci pour ton site en tout cas qui est vraiment super interessant

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  2. Reno says:

    Tout à fait d’accord avec toi. On risque d’arriver à une aberration : il y aura bientôt plus d’outils que de styles de musique ! Pour ma part je distingue deux types d’outils. Ceux qui ont été créés pour faire avancer la réflexion des artistes vers une meilleur adaptation au marché et ceux qui ont été créés uniquement pour combler un vide et pour faire du business en faisant croire aux artistes qu’on peut sortir du lot uniquement que par la communication.
    Faire de la musique, c’est avant tout … faire de la musique. Non?

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  3. Bonsoir,
    Merci de me confirmer avec cet article pourquoi je suis (du verbe suivre ;-) ) ce que vous faites. Du recul. Un point de vue. Un vrai don’t believe the hype!

    En plus ça tombe bien je partage votre point de vue. L’internet et tout ce qui va autour n’est qu’un tournevis, aussi magnifique soit-il et il l’est magnifique.
    Petit j’ai eu comme beaucoup de garçons un couteau suisse rouge avec cette petite croix blanche et ses 36 mini outils… J’étais fier. Vraiment fier. Je pouvais tout faire avec. Je pouvais scier tous les arbres de la terre. Je pouvais décapsuler des milliers de bières, dévisser et revisser de la vis plate jusqu’à la plus cruciforme, poinçonner même si je ne savais pas ce que ça voulait dire, me limer les ongles à me faire mal, et surtout tirebouchonner n’importe quel bouchon. Je pouvais. Je n’ai eu besoin que du couteau.

    Du marchandage, je retiendrais le brassage d’air. C’est ce que font ce qui ne savent pas, qui veulent briller au milieu du troupeau. Vous avez raison, la lumière s’éteint à la question “pour quoi?”. A cette question, ceux qui savent s’illuminent de leur passion.

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  4. Bill says:

    Perso, rien de nouveau. Quelque soit les outils, les moyens d’échanger avec le public ne remplaceront le contenu. Une partie des échanges avec mes artistes est basée sur la connaissance du public qui suit le projet, qui est susceptible de s’intéresser au projet, et ce qu’on lui donne pour qu’il en devienne le meilleur prescripteur. Le moyen utilisé importe peu.
    La foultitude d’outils doit correspondre à l’utilisation que l’on souhaite en faire. Le producteur de contenu cherche à rassembler sur son propos. La désaffection des médias classiques pour la diversité musicale commence à inquiéter ceux qui avaient les moyens de passer en force (marketing). La donne évolue.
    Mais la musique, le public, les artistes, leur entourage professionnel sont toujours là.
    L’offre de débat proposée entre autre par le MIDEM, présente toujours les mêmes intervenants. On rejoint globalement l’effervescence du monde des NTIC pour l’intérêt des tuyaux et des accélérateurs de débit dans tous les sens, sans réfléchir aux fondamentaux de l’auditeur, spectateur, et du créateur de contenu.

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  5. lilious says:

    Encore un tres bon article. voila pourquoi j’aime ce site. toujours des bonnes questions, pas juste la course au articles, mais une vraie reflexion.

    Comme tu l’as déja tres bien dit: “un objectif FLOU, ça donne une connerie PRÉCISE ”

    Dans “The Seven-day Weekend: A Better Way to Work in the 21st Century”, l’auteur Ricardo Semler, un manager hors norme, dis que dans son entreprise avant de de faire un choix important ils posent toujours la question “POURQUOI FAISONS NOUS CA?” 3 fois.

    La premiere réponse a une toujours une réponse qui semble logique, mais reposer la question force a aller vraiment au fond des choses et en général auu bout du 3eme “POURQUOI” les choses qui ne sont pas REELLEMENT nécessaires sont éliminés.

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