Le monde selon Apple…

Apple

Frederic Neff, consultant indépendant en distribution physique et digitale, co-fondateur de Wearemusik, Monsieur @vivamusica sur Twitter, va vous expliquer concrétement ce que c’est que vendre de la musique sur le web dans le monde d’Apple.
Parce que bon, l’Itunes, c’est 70% du marché. Donc il vaut mieux savoir comment ça marche. Et ça marche pas toujours comme on le pense. Internet c’est universel? Très bien. Mais pas Itunes.


Aussi surprenant que cela puisse paraître, vendre de la musique sur le web ne rime pas forcément avec vendre dans le monde entier.

Avant d’ouvrir son catalogue à un nouveau territoire, une question se pose : “L’usine à gaz de la gestion des droits des phonogrammes que je vends dans le pays x vaut-il le coup face à la retombée financière que je peux attendre ?”. A cela ajoutez quelques variables : valeur de la monnaie dans le pays, PIB par habitant, taille du marché, taux d’équipement en numérique, pouvoir d’achat moyen, langue(s) officielle(s) du pays….

Apple propose donc deux digital stores sur 2 zones géographiques différentes. On retrouve donc un peu partout dans le monde iTunes Music Store (iTMS), la boutique dédiée au téléchargement de musique et l’AppStore, la boutique dédiée aux applications pour l’Iphone.


L’écart entre ces deux cartes parlent de lui même:

Vendre de la musique est un business pour pays riche.

A noter l’absence dans les deux cas de la Corée (du Sud bien sûr). Au pays du mobile, l’iPhone attends sa validation….

Quant à la musique, faudra choisir autre chose si vous êtes à Séoul. La Russie elle aussi la grande absente. Des iPhones à Astana au Kazakhstan mais pas àMoscou. Voilà qui est surprenant. Russie, terre de pirates ? trop dangereux ?

La dernière surprise c’est l’absence pour iTMS et AppStore de l’Islande. Une langue originale, une monnaie originale et moins d’un million d’habitants. Fallait-il être comme tout le monde pour avoir des iPhones et télécharger de la musique du côté de Reykjavik ?

Sur la carte iTunes, seuls 3 pays hors zone Euros possèdent un accès à iTunes. La Norvège (ouf, y a du pétrole et donc de l’argent malgré le petit marché que représente le pays), la Suisse et le Royaume Uni, un des plus grands marchés de la musique.

Pour les autres pays de la zone Euro, certains ont leurs propre store avec homepage « personnalisée (FranceEspagneAllemagneItalie…) pour les autres une homepage Paneuropéenne propose une animation commerciale.

Les autres pays de l’Union Européenne ne peuvent avoir accès à la vente de musique.

Pouvoir d’achat trop faible pour un titre à 0,99€ dans ces pays là ou trop d’investissement pour de faibles marché qui n’ont ni langues, ni monnaies communes ?

La vraie surprise pour l’Europe c’est le snobisme fait aux deux nouveaux entrants de la zone Euro (la Slovénie en 2007 et la Slovaquie en 2009), qui, malgré la monnaie unique, ne peuvent acheter de la musique en ligne. 2 millions et 5 millions (respectivement) d’européens privés d’un marché pour cause de gestion de droits trop complexe, parce que le marché local est trop faibles ou simplement par simple refus de traduire le site dans une langue peu parlée ?

En tout cas, le problème se pose moins quand il s’agit de l’iPhone. Toute l’Europe a accès à son AppStore.

Ces cartes sont en évolution. Le continent américain ouvrait son premier store en espagnol pour le Mexique. Un premier pas vers le sud ? Il est donc plus facile de vendre du support que du contenu, plus facile de vendre des applications que de la musique. Ouf, on est dans un pays riche.

Quid de l’Amérique du Sud et de l’Asie dont la production et développement de biens culturels est en pleine explosion ?

Comment défendre une offre légale hors de nos frontières quand 3 continents n’ont pas accès au principal site de vente ?

Enfin, imaginez les prochaines années. L’arrivée de la Vidéo à la demande et des livres numériques vont rendre la tâche encore plus difficile car à la différence de la musique, les films et livres ont besoin d’être traduits pour avoir une exploitation.

A propos de l'auteur

Consultant indépendant, spécialiste de la distribution physique et numérique, Frédéric est également formateur à l'Irma et à Nanterre sur ces sujets. Vous pouvez le retrouver sur http://viva-musica.blogspot.com/ et sur http://www.wearemusik.com. Il est également sur Twitter @vivamusica

5 commentaires

  1. C’est bien le terrible paradoxe de la musique numérique : théoriquement plus facile à distribuer, potentiellement plus intéressante en terme de pénétration de marchés (plus aucune contrainte physique), mais totalement engluée dans la trop complexe gestion des droits d’accès et d’auteurs.

    Même un « géant » comme Apple ne s’y risque donc pas complétement. Comment alors s’étonner des difficultés de plus petits distributeurs, souvent cloisonnés à un marché local (la France par exemple) alors que la rentabilité n’est souvent atteinte qu’en se déployant à l’international.

    Il serait aussi intéressant de reprendre ce concept de carte du monde et de l’associer aux nombre de titres disponibles dans les catalogues régionaux. C’est à mon sens le deuxième paradoxe du numérique : pas d’effet longue traîne que permettrait les back catalogues.

    Le CD n’a de cesse de mourir, et on freine encore des quatre fers le passage au numérique, toujours par peur du piratage, sans doute…

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  2. Merci pour cet article bien intéressant !
    Vaste et complexe sujet… qui parle, comme dans de nombreux autres thèmes d’inégalités…

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  3. vivamusica says:

    Ce commentaire fait réponse à un échange de twit avec @NotAFri3nd de Cd1D.
    Cette carte ne prend qu’un seul acteur, iTunes Music Sore. En aucun cas cette carte est représentative de la vente de musique dans le monde mais elle montre bien le poids du leader du marché. Si Internet supprime les frontières, les contraintes économiques, techniques, les usines à gaz de société d’auteurs et la pérennité d’un marché ont des conséquence sur l’offre légale proposée. Si iTunes n’y vas pas, lui le leader, lui qui fait le plus gros chiffres, personne d’autre n’ira. Alors il reste toujours les acteurs locaux. Quid de leur place, de leurs survies économiques dans des marchés ayant les contraintes citées ci-dessus ? Pourront-il émerger hors de leurs frontières ? une connexion Internet ne suffit pas pour avoir accès à du contenu.
    En tout cas, rien n’est figé sur la planète distribution digitale et tout est très complexe (c’est sur ça aussi qu’on aime ça)

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