Wednesday 03 Sep 2014

Cas n°4 “On peut gagner de l’argent avec sa musique”: Chinese man, collectif, peu de compromis

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Et hop, encore un fantastique article d’Agnes Bayou, notre redactrice en chef préférée du très chouette Transistor . Cette semaine, elle s’est intéressée au Chinese Man, qui ont lancé leur propre label depuis le début de carrière. Peu de compromis, volonté de s’inscrire dans l’avenir et de contrôler leur création…

En balade à Bourges, Le Transistor a réussi à rencontrer les Chinese Man pour leur poser quelques questions sur leur nouvel album, Racing With The Sun. Très cools, ils ont parlé de l’Indonésie, de l’Artwork, mais aussi de leur modèle économique. En effet, propulsés par une pub, le label Chinese Man c’est tout un concept musical, mais aussi un collectif indépendant, basé sur des convictions.

Après les Groove Sessions, qui étaient des compilations de maxi vinyles, Chinese Man présente son premier album, Racing With The Sun. « On invite pas mal d’MC, des gens qu’on avait rencontrés, des groupes qu’on aime bien, Scratch Bandit CrewGeneral Elektriks (en interview ici), pas mal de petites collaborations. Et pour la première fois, on a fini tout ce travail par un mixage, avec un ingé son, alors qu’avant on mixait nous-mêmes. Il a pas réalisé mais il a réellement mis sa patte d’ingé son sur le mixage : c’est Sodi, qui est le producteur de notre ami Femi Kuti. »

Parmi les touches de nouveauté, ils ont aussi invité de réels musiciens à participer à l’enregistrement. « Sur quelques interventions, comme des ouvertures sur des morceaux, par exemple ‘One Past‘ sur lequel on a intégré un trombone, ou une guitare sur ‘Racing With The Sun‘. C’est des petits éléments qu’après on a retraités, comme des samples en fait, ou alors carrément des solos pour certaines parties. » Ils ont rencontré ces musiciens lors d’une tournée en Indonésie.“On avait fait venir Dubyouth à Paris pour la soirée à l’Elysée Montmartre et au Trabendo. On avait le projet de sortir un vinyle, mais ça s’est pas fait par manque de temps. Et pour Racing With The Sun, on a fait appel à eux parce qu’ils ont aussi une formation reggae complète pour leur groupe de ska, Shaggy Dog. »

Racing With The Sun se retrouve imprégné d’Indonésie. « On bénéficiait du studio, on était avec des potes énormes, nous ça faisait un an qu’on était en vase clos donc ça a permis une belle bouffée d’air… Et puis la musique qu’on fait découle des expériences qu’on vit, donc c’était important pour nous de mettre du Jogjakarta – la ville où on va en Indonésie, mais aussi un peu de Rio… Tu retrouves des trucs brésiliens mêlé à des trucs indonésiens, c’est tout ce qu’on a vécu, ce qu’on a pu vivre, qui aujourd’hui se retrouve dans l’album. » Le titre en lui-même, Racing With The Sun, appelle au voyage. « C’est une sorte d’hommage… nan en fait c’est un peu notre vie, on a un peu l’impression de faire la course avec le soleil, on est en tournée, on fait de la musique, on s’arrête jamais… et c’est un peu l’histoire qu’on a voulu raconter dans l’album, les voyages, nos rencontres. »

Racing with the Sun‘ est en fait une chanson d’Ella Jenkins à la base. « Ici c’est un peu spécial parce qu’on a réorchestré un morceau qui est à la base un negro spiritual, quasiment a capella donc changer le titre aurait été un peu bizarre pour nous. On a fait la demande, la personne a aimé notre morceau, ça nous paraissait logique de garder le titre. Et comme le titre correspondait à ce qu’on vivait, à la manière dont on avait le sentiment de vivre notre carrière depuis le début…. »

Même l’équipe visuelle s’est retrouvée dans ce choix d’univers. « Fred et Anabelle, nos vidéastes, étaient justement partis filmer aux Etats-Unis, et étaient revenus avec des images dans le désert, dans des villes fantômes… Et en plus ça a confirmé les choix du graphiste : il disait que ça faisait un peu bayou cet album, avec des ambiances un peu western indonésien bizarre dans une favela à Rio. Et puis, comme on avait développé tout un délire autour de ça, il avait envie de faire un soleil sur la pochette ! » Parce que Chinese Man est avant tout un collectif, au sein duquel chacun a son mot à dire. « On a vraiment cette volonté de mettre en avant le travail de toute l’équipe. C’est jamais un projet qui a été considéré comme appartenant à des gens, même si c’est nous trois qui l’avons fondé. Au final, l’entrée est ouverte pour que les gens puissent intervenir librement. »

Chinese Man c’est un label indépendant depuis le début, mais ce n’est pas aussi simple qu’on ne le croit. « On a monté un label indépendant sur la base de convictions, mais on sait qu’on a besoin de visibilité. Maintenant y’a plus de monde qui intervient dans ces réflexions, mais on essaye de faire la part des choses, pour savoir ce qu’on peut accepter et qui va plutôt nous faire une image positive. C’est un équilibre qu’il faut rechercher constamment. » Il y a toujours des considérations économiques à prendre en compte. « Il y a des choses qu’on a dit depuis le début qu’on refuserait de faire. On a jamais dit qu’on ferait pas de pub, on a dit qu’on ferait pas de pub pour certaines personnes. Et là ça s’est confirmé, on a eu une proposition qu’on a refusée. Je pense qu’on peut aussi le faire parce que le label marche, c’est toujours facile… le jour où ce sera plus merdique, ce sera autre chose. »
L’idée est de faire le moins de concessions possibles. « Quand on a fait des compromis, c’était sur des choses qui étaient sensée nous apporter quelque chose plus tard. Par exemple la pub Mercedes on s’est vraiment pris la tête avant d’accepter, et paradoxalement ça nous a permis d’être plus indépendants. »

Parfois, toutes ces réflexions peuvent empiéter sur la partie créatrice. « Tu peux pas tout faire tout seul, l’important c’était de trouver des partenaires, parce qu’on peut pas continuer à tout gérer. On est allés chercher en priorité chez les indépendants, en leur demandant de s’engager de manière un peu plus forte. On a aussi rencontré les majors pour voir ce qu’ils proposent, après faut juste rester sur ses gardes. Et parce qu’on a eu la chance d’avoir les bonnes propositions de la part de labels qui nous ont suivis, que ce soit le distributeur numérique ou physique, on n’a pas eu besoin d’aller chercher les majors. »Mais pour faire un album comme Racing With The Sun, c’est compliqué d’être un indépendant. « Quand tu veux payer tes samples, te faire un bon studio, payer tous les artistes qui apparaissent sur le truc… faut trouver des solutions ! J’ai l’impression qu’on a fait de bons choix, un entre-deux qui des fois me fait dire qu’on prend peut-être pas assez de risques, mais qui au final nous contentent bien, parce que on garde un vrai contrôle de tout. Personne nous forcera à faire une interview, une télé, ou changer une seule note de l’album. Et ça c’est la priorité absolue. »

Leur mot de la fin : « Allez, une question con qu’on rigole, c’était trop sérieux ! Si on peut sortir une bonne connerie à la fin ça nous fait toujours plaisir. Bon, tu creuses un trou, toi tu décapes et moi je refais la facade … »

Vous pouvez retrouver cet article sur le site du Transistor.

A propos de l'auteur

Agnes Bayou n'est ni plus ni moins que la redactrice en chef du Transistor (www.leTransistor.com), magazine musical en ligne. Au travers de sessions musicales, d’entretiens et de portraits d’artistes, de comptes-rendus de concerts appuyés de photos live, de chroniques d’album et de dossiers sur l’industrie musicale et ses diverses facettes, Le Transistor souhaite replacer la musique dans son contexte social et plus général.

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