Petit kit du streaming pour l’artiste qui veut diffuser sa musique

mystical

Et voici le retour du duo infernal, Frederic Neff, consultant indépendant en distribution et Julien Philippe, Digital Rights manager chez Believe. Ils clôturent avec ce dernier article notre dossier distribution. Avec un premier épisode sur “Où ma musique va être disponible”, un second sur “Comment mettre ma musique en ligne”, un troisième sur “Comment récupérer ses droits“, un quatrième sur “Vendre sa musique partout ou la vendre que chez soi, que choisir?” et un cinquième sur “Reprise, cover, sample, paye ta reprise”, nous voyons dans ce sixième article, à quoi sert le streaming pour un artiste? Et combien ça paye?

Nouvel Eldorado ou boîte de Pandore de la musique ? Le streaming passionne et crée le débat dans le petit monde de la musique. Qu’est ce que le streaming? Est-ce que ça paye? Doit on y aller?  Voilà un petit kit pour mieux comprendre ce nouvel espace de diffusion.

Le streaming, nom masculin

Tout d’abord une définition: le streaming désigne la lecture d’un flux audio ou vidéo sans le télécharger sur son ordinateur. En musique, il y a deux types de sites de streaming, les pure players audio comme Deezer et Spotify et les sites de streaming vidéos comme Youtube.

Depuis son apparition, le streaming gagne en popularité. L’omniprésence des connexions internet et la facilité d’usage ont fait du streaming une des pratiques préférées des internautes. Les outils de cloud computing (stockage distant des données de l’utilisateur) repose aussi sur la technologie du streaming. Et vu l’engouement pour ces nouveaux dispositif, le streaming est là pour durer…

Le streaming, un frein à mes ventes?

La question principale quand on aborde le streaming est toujours la même. Est-ce que l’accès en streaming de mon contenu est un frein à sa vente et à son développement ?

Deux écoles (pour ne pas dire religions) s’affrontent à ce sujet avec comme armes de pâles exemples.

Dans le clan des “pour le streaming”, on défend une pratique légale qui permet la découverte avant l’achat. Les deux arguments mis en avant sont donc le recul des pratiques P2P et de sites pirates par les usagers des sites de streaming et les scores d’affiliation des sites de streaming vers les sites de téléchargement. Par exemple, Deezer déclare être le premier affilié d’iTunes en France (sans pour autant donner son chiffre d’affiliation).

Les “opposants au streaming” dénoncent une dévalorisation du contenu. Pourquoi l’internaute va-t-il acheter un titre quand il peut l’écouter gratuitement en streaming ? Les arguments sont donc la paupérisation des revenus liés à l’exploitation d’un contenu en ligne, les faibles chiffres de revenus du streaming et le passage en force de ces sites qui “cassent” le marché avec une écoute gratuite sans être rentable.

Rassurez-vous, nous n’allons pas faire un énième jugement de l’effet streaming sur la musique! Mais plusieurs choses sont sûres.
Les deux clans ont sans doute raison mais ont certainement pas tort. Cette nouvelle pratique, le streaming, a des effets vertueux et néfastes. Reste à savoir bien utiliser ce nouveau canal de diffusion pour optimiser son développement.

Le débat ne doit pas être sur un “pour ou contre” le streaming car il existe pour le tout public depuis la création de Youtube en… 2005 ! Pas de machine arrière possible donc.

La question est donc comment optimiser au mieux l’outil streaming dans ma stratégie de développement.

Y aller ou pas ?

C’est donc au cas par cas qu’il faut choisir et définir sa stratégie de streaming. Être dans “le sens de l’histoire” en adhérent corps et âme à une nouvelle pratique numérique ou jouer la carte du contre pied en boudant volontairement ce nouveau canal de diffusion.
Y aller ou pas demande aussi un zeste de réflexion avant la signature. Dois-je être disponible sur tous les sites ? Le modèle économique du streaming n’est pas encore validé et pérenne. Attention donc avec qui l’on signe. Rendre sa musique disponible sur un site de streaming exclusivement gratuit dont les rémunérations sont excessivement basses n’est pas forcément pertinent. (NDLR: Relire pour cela l’article “Vendre sa musique partout ou la vendre que chez soi, que choisir?“)

Le streaming est nouvelle forme de consommation de musique moins onéreuse pour l’auditeur (gratuit ou abonnement prix plancher) mais moins rémunératrice pour le producteur (même si rapporté au nombre d’auditeurs, le streaming paye mieux que la radio…). Le streaming n’est pas une simple pratique liée à la musique mais une pratique au coeur de la culture Internet: la consommation instantanée et le partage.

La dévalorisation du contenu qu’entraîne ce changement de pratique touche l’ensemble des contenus. En d’autres termes, que vous soyez en streaming ou pas, la valeur du contenu est en baisse car il est facilement accessible et ce, quasi gratuitement sur Internet. La stratégie la plus cohérente est donc d’optimiser au mieux sa présence en streaming et de le faire avant qu’un petit malin ne vous mette en ligne sur Youtube !

Le streaming pour tous ?

Contrairement aux idées reçues, les musiques de niches ont leurs places sur les sites de streaming. Est-ce pour autant pertinent de les mettre en streaming. Deux réponses possibles :

- Oui car ma musique va bénéficier d’un canal de diffusion supplémentaire. J’ajoute des canaux d’accès à mon contenu et je permets une association de ma musique à d’autres artistes via les playlists, outils qui permettent aux internautes de créer leurs propres enchaînements de musique et qui peuvent être un véritable plus en terme de recommandation. Les mises en avant sur site comme Deezer peuvent être un vrai booster d’audience tant en streaming qu’en téléchargement.

- Non car l’écoute en streaming n’est pas valorisante pour ma musique ou mon contenu. Cas du clavecin qui supporte très mal le streaming ou le cas des textes lus dont le streaming apporte très peu d’intérêt stratégique jusqu’à représenter un véritable danger pour les ventes. Exemple : si je m’apprête à acheter le CD d’une conférence du philosophe Michel Onfray mais qu’il est disponible sur Deezer…

Le stream, un frein au téléchargement ?

Là aussi, il n’y a pas de réponses toute faites. Le streaming a des vertus et des défauts. Être disponible en streaming, c’est s’assurer de pouvoir être écouté rapidement et légalement par quelqu’un qui vous cherche. Cela permet aussi d’avoir des informations sur son audience (le volume) mais aussi d’évaluer rapidement l’impact d’une campagne promotionnelle ou de passage sur un media. L’impact sur le téléchargement n’est pas mesurable de façon globale.

Augmenter sa diffusion via le canal de streaming augmente donc la valeur et la visibilité d’un artiste.

Est-ce que pour autant les auditeurs-streameurs auraient acheté le contenu pour l’écouter ? Impossible de faire une réponse toute faite. Le streaming impacte sur votre visibilité qui peut impacter positivement (téléchargement) ou négativement (non acquisition) de votre musique. Mais votre musique est écoutée, rémunérée et donc votre contenu a une audience.

Ce que ca rapporte?

Il ne faut pas se voiler la face, ce n’est pas avec les revenus du streaming qu’un artiste indépendant pourra s’offrir un nouvel instrument ou financer son prochain passage en studio.

Pour être plus juste il faut se dire qu’il pourra se payer un croissant dans la plupart de cas, un bon restaurant s’il commence à percer…

Bien entendu les revenus du streaming sont proportionnels aux nombres d’écoutes et à l’offre du site (streaming gratuit ou payant) ainsi un artiste “tout en haut de l’affiche” pourra, lui, s’offrir une voiture à la fin de l’année.

Plus concrètement combien ça rapporte ? La rémunération* sur un site gratuit varie entre 0,001€ et 0,01€ l’écoute, pour les offres payantes les écarts sont encore plus grands, allant de 0,003€ à 0,5€ l’écoute.

On a parlé de Youtube dans cet article, faisons un petit point : oui, Youtube peut rémunérer l’ayant droit de la partie audio pour toutes les diffusions d’une vidéo, c’est un processus un peu technique qui est pour le moment réservé aux autoproduits ayant la fibre geek et aux professionnels (notamment le distributeur digital). En terme de rémunération Youtube avoisine les 0,0025€**.

Que faut-il en déduire ? Il est impossible d’estimer les revenus du streaming, les tarifs sont en évolution constante, tout comme les usages et le taux d’abonnement aux offres “premium”. De plus les genres musicaux et le type de public à qui ils s’adressent sont autant de variables difficiles à prendre en compte.

Ce qu’il faut retenir: les écoutes et les revenus du streaming sont en hausse continue, il ne faut pas les négliger.

Il n’y a pas une façon unique et universelle d’être disponible en streaming. Ce canal de diffusion est devenu une norme presque indispensable pour un artiste en développement. On le retrouve d’ailleurs dans les principaux outils de promotion online, que ce soit My_____ , Noomiz, Youtube et même Facebook.

Alors?

Idéologie contre pragmatisme: le point de la rémunération est crucial. L’équilibre entre un service rentable (modèle économique fiable pour les acteurs de streaming) et équitable (juste rémunération des ayants droits) est à trouver ensemble. Que ça soit par la mise en place d’une gestion collective ou par plus de transparence sur les rémunérations des streaming, cet outil est une pièce maîtresse dans la distribution numérique.

Si le streaming n’a pas la vocation de remplacer les revenus liés à la vente de contenus, il devient indispensable dans la mise en relation du public avec l’artiste. Le streaming est un premier pas vers les nouvelles consommations de contenus.


(*) Les rémunérations citées sont celles perçues par le producteur, pour un artiste signé il faut bien sûr appliquer le taux de rémunération prévu au contrat pour savoir ce qu’il touchera réellement… De plus, ces chiffres excluent les revenus liés aux droits d’auteur.

(**) Prix median en 2010 sur les revenus générés par Youtube, hors droits d’auteurs et part liée à l’agrégateur / distributeur.

Illustration photo:”We want more”

A propos de l'auteur

Consultant indépendant, spécialiste de la distribution physique et numérique, Frédéric est également formateur à l'Irma et à Nanterre sur ces sujets. Vous pouvez le retrouver sur http://viva-musica.blogspot.com/ et sur http://www.wearemusik.com. Il est également sur Twitter @vivamusica

20 commentaires

  1. “Il est impossible d’estimer les revenus du streaming”?
    Pas tout à fait d’accord. On peux y arriver en faisant quelques hypothèses.
    Les revenus du streaming peuvent être comparables avec ceux du téléchargement au bout de 3 ans comme je le démontre dans mon étude disponible gratuitement sur http://bit.ly/gpAf2N.
    Donc c’ est loin d’être négligeable.

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    • Justement, les hypothéses ne font pas les chiffres, et c’est bien le propos de l’article. Les auteurs ne sont pas dans des eventuelles projections à 3 ans, mais sur du concret…Dans 3 ans, les artistes en dev attendant leurs revenus n’existeront plus…
      Mais je laisse les auteurs revenir dessus.

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    • Viva musica says:

      Pas évident d’évaluer des revenus sur 3 ans. On est parti de rien pour un panel de revenus liés au stream très varié. Gratuite, freemium, premium, premium orange, webradio.. Bref, une micro usine à gaz.
      Sur le stream, le coût médian est en hausse. Là, un nouveau paramètre, avec la monétisation des vidéos change la donne.
      Autre paramètre, les évolution de consommation sur les mobiles, avec des coûts de streams supérieur e un plus fort taux d’abonnés. Bref, difficile de faire des plans sur al comète. Y a 3 ans, rappelez vous, FB était inconnu, Spotify n’existait pas et Deezer débutait, à peine légal et 100% gratuit. Y a 3 ans, on jurait tous sur Myspace et la clef, c’était la monétisation des streams Myspace. Donc, attention aux pronostics, le terrain est glissant.

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      • Je trouve quand même que des distributeurs comme Zimbalam ou des services de diffusion en streaming comme Deezer ou Spotify ne font pas d’efforts pour éclairer aussi bien les labels et les artistes sur la question.
        Un label mieux informé pourra ajuster son “business plan” en ayant les moyens de quantifier la promotion (par exemple: combine de fans sont nécessaires pour générer xx revenus pouvant financer yy euros de promotion).
        Un artiste sera également mieux informé par son label sur les revenus complémentaires générés par la “cloud” music.
        J’ai déjà tenté d’en savoir plus en questionnant des responsables des sociétés citées plus haut mais je n’ai jamais eu de réponses….

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        • vivamusica says:

          n’oublions pas que le marché en est train de se faire donc les différents acteurs sont un peu craintif quand à la diffusion des infos. Après, ce n’est pas non plus la Corée du Nord. Deezer done ses tarifs et ses taux (aux personnes avec qui ils dealent, pas au tout venant) et les agrégateurs (Idol, Believe Zebralution…) les donnent aussi.
          Une gestion collective donnerait un chiffre par stream global par tous et, comme pour la radio, on pourra anticiper les revenus.
          AMis l’enjeux du streaming n’est pas que le streaming, c’est aussi les données liée à la diffusion. Quand , qui , où, comment on m’écoute. Là est aussi l’enjeux. Et pour la tarification, les choses seront bien plus transparentes quand le marché se sera un peu stabilisé

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  2. Gwendal says:

    c’aurait été bien de parler du cas de l’artiste en dev non signé (les label n’ayant pas de distrib numérique incluant le stream me semblent pas nombreux), pour lequel a priori les revenus du streaming ne suffiront pas à couvrir les frais liés à l’agrégateur, ou même de parler un peu des agrégateurs existants pour les micro-indés ou le autoprod.

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    • Les auteurs ont déjà beaucoup parlé de ces sujets dans leurs articles précédents. Mais je les laisse revenir vers toi.

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      • Gwendal says:

        Effectivement, à force de lire des tonnes d’articles un peu partout on finit par oublier qui a publié quoi et où…

        C’est la mise en perspective de ce que ca coute de se faire distribuer VS ce que ca rapporte qui me semblait intéressante à signaler / rappeler, même si sans possibilité d’estimer de façon fiable les revenus en question, ca complique la chose, évidemment…

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        • Effectivement, on aura pu le rappeler..Mais je rappellerai juste que ce site est bénévole, écrit et tenu gratuitement par des gens qui ne demandent rien en échange et qui font ça en plus de toutes leurs activités…
          Tous les articles sur ce sujet, écrits bénévolement par les auteurs étaient signalés dans le chapeau accompagnant l’article. Le sujet que vous évoquez a même fait l’objet d’un article à lui tout seul, article cité dans le chapeau. Il me semble difficile de ne pas voir dans ce cas le “qui et quoi”.
          Nous faisons le maximum pour informer, nous donnons temps et disponibilités et nous n’allons pas non plus refaire des choses que nous avons déjà faites.

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    • Julien says:

      Pour “l’artiste en dev non signé” qui voudrait être disponible en streaming il existe tout de même un certain nombre de solutions pas très coûteuses… http://virginieberger.com/2011/03/la-distribution-digitale-de-la-musique-quoi-ou-comment/

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    • Viva musica says:

      C’est un peu brut de décoffrage mais le numérique ne va pas générer des revenus suffisant pour investir dans la prod Par contre, les données qu’apporte le digital en général et le stream en particulier sont essentiel à la stratégie de dev d’un artiste. Retour d’écoute. évolution des stream, localisation du public; Quand on est en dev, c’est assez faible et les données sont peu exploitable mais c’est un excellent baromètre pour mesurer l’évolution de son groupe en général (c’est plus ou moins visible suivant les genres musicaux). Et en pus, ça génère (un peu) d’argent.

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