Wednesday 17 Sep 2014

Dum Dum, nouveau magazine en ligne des musiques indépendantes, fait son crowdfunding

cardisco

Je vous parle souvent de crowdfunding, et de comment ce nouveau mode de financement ouvre vraiment de nouvelles perspectives aux artistes, mais au delà même à tous les créateurs. J’avais notamment publié sur Amanda Palmer qui avait pu lever 1 million de dollars sur Kickstarter. Et Amanda Palmer exprimait vraiment ce que lui apportait le crowdfunding et la liberation que cela pouvait être pour elle.

Il y a quelques jours, j’ai reçu un email d’Anthony Mansuy, journaliste  pour plusieurs mags de musique ou non (Rolling Stone, Technikart, Snatch, VoxPop et Mojo) et qui me disait lancer une campagne sur KissKissBankBank pour son magazine en ligne DumDum, qu’il “monte avec une flopée de tueurs dans l’idée d’en faire, grosso merdo, le Pitchfork français” (dixit).

Au delà du projet que je trouve vraiment fort chouette et super complet (magazine en ligne, plate forme de découverte, téléchargements, vidéos,..ET partage de revenus avec les artistes) et dont on aurait bien besoin, l’idée même que des gens comme eux décide de se lancer pleinement dans le crowdfunding m’interpellait. Ils décident de sortir du carcan journalistique, du carcan hyper protégé de leur milieu pour proposer leur projet au plus grand nombre. Et prendre le risque de totalement se planter. Ou pas.

Anthony Mansuy répond donc à quelques questions et ce qu’il dit s’applique à tous porteurs de projets…

Pourrais tu nous présenter ton projet?

DumDum est un magazine de musique en ligne doublé d’une plateforme de découverte de jeunes artistes.

Le projet est porté par Adrien Toffolet (VoxPop, France Culture), Nico Prat (animateur sur Le Mouv’) et Alexandre Majirus (Technikart). En ce qui me concerne je bosse entre autres chez Rolling Stone et Mojo. On a un ADN clairement indé, on aime les pépites sorties de derrière les fagots, mais on va pas s’interdire d’expliquer le nouveau Beyoncé ou d’essayer de réhabiliter Michel Jonasz. Le but, quels que soient les artistes dont on parlera, c’est d’insuffler un peu de passion, de ferveur et un soupçon d’intellect dans tout ça.

Quant à la plateforme de découverte, ce sera une sorte de site dans le site, accessible aux abonnés, qui pourront télécharger dix morceaux chaque semaine. Nos compilations seront thématisées, éditorialisées presque. On ira a la découverte de scènes émergentes, on rendra hommage aux grands groupes en allant dénicher leurs héritiers les plus fidèles. On fera aussi participer des artistes un peu plus connus à l’élaboration des compilations. Mais le plus important, c’est ça : les comps contiendront 100% de morceaux inédits en France. Cela nous donne deux avantages : c’est l’assurance pour les abonnés de n’avoir que des découvertes chaque semaine, et de l’autre, nous pourrons signer notre propre contrat avec les artistes. Ils recevront 50% du montant total de l’abonnement.

Sur cinq euros par mois, l’abonné sait que deux euros cinquante seront redistribués. Et ça, ça fait la différence.

Celui-ci a beaucoup d’ambition, tu me l’avais présenté comme un  Pitchfork à la française. Tu trouves que cela manque dans le paysage des blogs musicaux francophones?

On ne veut pas recréer Pitchfork mais c’est évidemment plus facile pour nous de nous présenter ainsi. En revanche, entre les sites culturels généralistes et les blogs de musique, là, il y a un espace à prendre. On compte bien faire quelque chose de pro mais on ne pourra jamais devenir Pitchfork et ne vivre que de la pub car on reste de petits français. D’où l’offre d’abonnement, à laquelle je crois.

Du côté purement éditorial, j’aime l’exhaustivité d’un Pitchfork mais je pense clairement qu’ils ont raté le coche du 2.0. Pas forcément 2.0 mais… on ne peut poster de commentaires sur leur site et il y a peu d’interaction avec les lecteurs. Par exemple, ils ont récemment lancé un « courrier des lecteurs »… que je n’ai jamais vu revenir sur le site.

Personne ne s’identifie à Pitchfork, non ? Comme une agence de presse… personne ne s’identifie à l’AFP ou Reuters. C’est leur grand problème à l’ère du like sur Facebook et même dans une perspective de presse jeune et culturelle : lire les Inrocks il y a 20 ans, ça voulait vraiment dire quelque chose.

J’ai envie que lire DumDum aujourd’hui, ça signifie quelque chose. Qu’il y ait des prises de parti, des prises de bec, l’intervention des lecteurs et des franches barres de rires. Si en tant que journalistes et chroniqueurs, on fait un boulot sérieux, jamais on ne se prendra au sérieux vis à vis de la musique.

Pourquoi avez vous choisi un site de crowd funding?

Je ne me voyais pas arriver devant un banquier pour lui dire « allez coco, tu sais quoi, j’ai fait un business plan qui dit que les magazines de musique ne s’écoulent plus en kiosques. Et bah moi, je vais aller sur Internet où tout est gratuit et je vais parler de musique et même espérer en vivre. Tu suis ? ». Il y a déjà ça. Mais surtout, et même si les gens de KissKissBankBank me l’avaient dit avant le lancement de la collecte, c’est bien plus précis dans mon esprit aujourd’hui : ça crée du lien social.

C’est con à dire, mais si tu gères bien ta collecte, tu acquières une sorte de crédibilité qui fait que les gens viennent vers toi. C’est en outre une campagne de communication légitimée par l’existence même de cette page. Ça officialise le truc avant son lancement histoire de ne pas partir de zéro.

On négocie en ce moment un partenariat avec une grosse salle de concert parisienne, des tas de gens sont venus vers nous pour nous proposer d’écrire, les groupes qu’on contacte répondent présent, on fait bientôt une émission sur Radio Aligre. J’ai même revu des gens que je n’avais pas vu depuis l’enfance, des gens qui ont entendu parler du projet et m’ont reconnu sur la vidéo.

Ce choix est d’ailleurs assez innovant, pour la presse même en ligne, du moins, pour la France, comment cela est pris par vos homologues?

C’est intéressant, j’observe plusieurs réactions. Dans la presse indépendante, c’est clairement perçu comme quelque chose de terriblement excitant. On pourrait à terme imaginer financer un seul reportage grâce à KKBB, des magazines comme Snatch et VoxPop nous suivent à fond et nous filent déjà des coups de main déterminants. Je ne bosse pas qu’en presse indépendante donc je côtoie plusieurs rédacteurs en chef aux profils très différents. Et chez ceux qui n’ont pas encore entendu parler du crowdfunding, les réactions sont différentes. C’est peut-être générationnel tu me diras. Quand t’as grandi avec Facebook et que t’as jamais connu un quelconque âge d’or dans la presse, t’es peut-être plus enclin à croire à des solutions alternatives et communautaires.

Vous donnez en retour à vos contributeurs. Cela vous semblait naturel?

Naturel, oui, et obligatoire pour arriver à quelque chose sur une plateforme de crowdfunding. On donne à télécharger des morceaux via la page KissKiss, avec l’accord préalable des artistes évidemment, on fait des vidéos avec des gens plus connus. On a déjà fait Best Coast, The Cribs et The Strange Boys, et la semaine prochaine on en a quatre qui arrivent : Bloc Party, The Vaccines, Twin Shadow et Breton. On essaie d’un côté de montrer que nos goûts musicaux sont crédibles via le choix des morceaux à télécharger, et de l’autre, qu’on existe vraiment dans le « métier » via ces vidéos de soutien.

Comment voulez vous vous développer une fois l’argent levé?

C’est une grosse question. Il y a plusieurs fronts qui m’intéressent. Trois, en fait. La vidéo, le mobile et le live. La vidéo c’est capital, on travaille sur notre concept en ce moment donc je peux difficilement en dire davantage maintenant tout de suite. Le mobile, c’est quelque chose qui viendra peu après le lancement du site. On y pense fortement et c’est de toute façon inévitable : on refuse de se précipiter et faire des applis bancales juste pour attraper benoîtement le wagon. Et le live, oui, que ce soit des concerts ou des soirées, c’est primordial. On veut notamment faire quelque chose de couillu pour notre soirée de lancement. Dans le futur, j’aimerais aussi voir ce qu’il y a à faire du côté du livre numérique. Des bouquins sur la musique évidemment. Wait and see…

A propos de l'auteur

Virginie Berger est la fondatrice de DBTH (www.dbth.fr), agence spécialisée en stratégie et business développement notamment international pour les industries créatives, les technologies de contenu et les services innovants. Elle est aussi l'auteur du livre sur "Musique et stratégies numériques" publié à l'Irma. Sur twitter: @virberg

3 commentaires

  1. judelu says:

    J’ai eu l’occasion de rencontrer Adrien Aumont de Kiss Kiss, un déjanté qui permet à ces projets innovants de se développer. Bonne route à Dum Dum ;)

    Reply
  2. Guycar says:

    Bonjour,
    J’ai une volonte et un projet similaire a celui de Dum Dum (faire decouvrir de nouveaux artistes indés au travers de la photographie).
    J’aimerais prendre contact avec Anthony Mansuy, est-il possible de m’envoyer son adresse mail?
    Merci!

    Reply

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