Remix, playlists, mashup: les nouveaux modes de diffusions pour les artistes

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Lilian Ricaud, du site Toc-Arts, revient aujourd’hui sur un phénomène qui est en passe de devenir un nouveau format musical standard. Est ce que la diffusion de playlists va devenir un nouveau mode de diffusion pour les artistes?

Dopé par la culture web et du partage de musique, les playlists semblent devenir un nouveau format musical standard qui pourrait devenir plus important que l’album traditionnel. Dans ce contexte la diffusion de playlists va devenir un nouveau mode de découverte essentiel pour les artistes.

Derrière la playlist, le remix s’impose lui aussi comme un nouveau standard dans la création culturelle.

Loin d’être marginaux, ces usages sont en train de devenir des phénomènes majeurs et incontournables de la musique avec des conséquences qui vont bien au dela du web.

Le nouveau contexte de la musique en ligne


Une tendance importance dans le contexte actuel du web est l’abondance de contenus. La où avant sur un étal de magasin de musique il y a avait quelques centaines de CDs, il y a maintenant des millions de contenus en ligne. Il y a maintenant un tel excès de contenus sur internet, que chacun est en compétition pour l’attention des gens. Le problème des artistes n’est donc pas le piratage, mais l’obscurité.

Conséquence de cette abondance, une autre tendance grandissante est la curation de contenu qui consiste à sélectionner, éditer et partager les contenus les plus pertinents du Web pour un sujet donné.

Curation et diffusion prescriptive


J’argumente depuis longtemps qu’une forme de curation, la diffusion prescriptive va devenir le moteur le plus important de découverte musicale et que les artistes devraient tenter de favoriser ces formes de curations et diffusion car il s’agit de promotion ciblée et gratuite. Même si les investisseurs californiens qui financent les Facebook, Spotify ou Pandora sont persuadés que l’avenir de la musique ce sont des services logiciels de recommandation musicale, je crois plus à la curation humaine plutot que celle faite par des algorithmes. Parce qu’ils se basent sur mes habitudes existantes ou celles de personnes comme moi, ces programmes ont du mal à prendre compte que mes habitudes changent ou à me faire découvrir quelque chose de radicalement nouveau par rapport à ce que j’écoute déja. Alors qu’écouter une compilation faite par un ami a une valeur différente, justement parce que c’est un ami qui l’a faite.


De la compilation à la playlist


Le phénomène de “playlisting” est ancien. De même qu’avant on enregistrait sur nos cassettes audio des compilations que l’on pouvait aussi échanger, de nos jours, la playlist web se développe aujourd’hui a grande vitesse. Depuis la révolution du iPod et des baladeurs numériques, on voit ainsi de plus en plus d’échanges de playlists entre amis. On voit maintenant aussi des outils dédiés pour mieux gérer ces partages de playlists.

Un lecteur musical de playlists


Tomahawk est un lecteur multimédia de playlists. Le principe est simple, vous et vos amis partagez des playlists, sans envoyer les fichiers. Tomahawk lit ces fichiers playlist et cherche la musique correspondante. Si la musique correspondante se trouve sur votre ordinateur, il la lit directement, sinon il recherche sur des services en ligne comme SpotifySoundCloud, Jamendo ou Youtube, Last FM… mieux, il est capable de lire de la musique stockées dans les répertoires partagés par les autres internautes connectés au logiciel. Il ne recopie pas la musique, (ce n’est pas du P2P !!), il la lit à partir des autres plateformes et centralise la lecture sur son interface sans téléchargement.

Le projet open data lawn expérimente ce nouvel usage en proposant des playlists téléchargeables et écoutable via Tomahawk. Ces playlists sont mise à disposition sous .xspf, un format de fichier qui stocke une liste de fichiers multimédia (ici de l’audio) ou plutôt une liste de chemins d’accès à ces fichiers.

Des playlists illustrées


Autre signe que la playlist gagne son statut d’oeuvre à part entière, Decorated playlist est un projet explorant le lien entre musique et design en proposant des playlists illustrées graphiquement, se rapprochant de plus en plus d’un format d’album en ligne.



Un nouveau standard ?


Dans ce contexte, il est interessant de regarder la playlist comme un nouveau format musical à part entière au même titre que l’album avant lui. Soyons clair, la compilation existe depuis longtemps et nous avons tous achetés des compilations de rock, jazz, classique sur CDs. La nouveauté c’est que la compilation devient “2.0″, c’est à dire que les auditeurs, ne sont plus seulement acteurs, mais producteurs. La où avant quelques majors sortaient quelques compilations par an, ce sont maintenant des milliers de personnes qui créent et diffusent leur playlists.

Et chacun étant capable de créer une playlist, il y a plus de créateurs de playlists que de créateurs d’albums. Et donc potentiellement que l’on aura peut être bientôt plus “d’oeuvres” de type playlists que “d’ oeuvres” de types albums. Ainsi il faut s’attendre à ce que certains bloggueurs et autres musicophiles influents deviennent des producteurs de musiques majeurs.

Un nouveau mode de découverte ?


Un Quentin Tarantino qui sélectionne des musiques pour ses films a probablement fait vendre beaucoup plus de musique à certains des artistes sélectionnés que leur propres albums. Verra t-on le meme phénomène grâce aux playlists ? Je pense que oui et que dans le futur la découverte sera de plus en plus via des partages de playlists que par des partages d’albums.

Au dela de la playlist: le remix


Que ce soit dans le développement logiciel ou la musique. le remix est une autre tendance majeure du web. Le remix est un hybride plus ou moins poussé entre les morceaux, à tel point que ceci posent un problème juridique l’oeuvre étant à la fois nouvelle mais aussi composée de morceaux de matériels anciens souvent soumis au droit d’auteur.

Comme j’en parlais dans l’article nouvelle tendance: les remix et mashup de vidéos musicales, cette forme de création grandit très vite et va devenir un usage majeur très bientôt. Pour entrevoir à quoi va ressembler le futur de la musique, il est interessant de voir ce qui existe déja dans des secteur qui ont déja été bouleversés par le web.


Le monde du logiciel comme indice du futur de la musique


Dans le monde du logiciel en ligne il y a déjà un usage de remix courant que l’on appelle “mashup” (littérallement “purée”). Un mashup consiste a un assemblage de différent logiciels distinct pour créer une nouvelle application. Google maps est un exemple de logiciel qui a été très utilisé pour des mashups. On trouve ainsi des googles maps de délinquance, de maisons a vendre, d’évènements

Encore une fois ces mashup ne sont pas l’apanage de quelques grosses entreprises, mais plus souvent viennent d’individus qui créent quelque chose qui répond à leur propre besoin, mais une fois mis en ligne peut intéresser beaucoup de monde. Ce nouveaux outils peuvent réutilisé voire même remodifiés une nouvelle fois par les utilisateurs.

Les artistes peuvent ils utiliser cette tendance en la favorisant comme le font déja les developpeurs ?

Favoriser le remix en imitant les developpeurs ?


Dans le monde du logiciel en ligne, les developpeurs qui veulent favoriser la réutilisation et le remix de leurs logiciels mettent à disposition des developpeurs tiers ce que l’on appelle une API, c’est a dire une forme d’accès à l’application sous forme de flux réutilisable par les développeurs tiers. On pourrait imaginer que les musiciens mettent en ligne leur morceaux sur des services assez ouverts comme Soundcloud grâce auxquels les internautes pourront écouter la musique et l’ajouter à des playlists écoutables par leurs amis via un lecteur comme Tomahawk.

Et que les artistes qui comme Trent Reznor veulent promouvoir le remix par leurs fans peuvent placer leur morceaux sous licence Creative commons et autoriser le téléchargement sur Soundcloud.

Le phénomène DJ


Sur scène aussi, cette tendance grandit. Depuis plusieurs années les DJs, dont la plus grande partie du travail consiste à sélectionner et diffuser les meilleures musiques selon l’humeur et le gout du public, ont de plus en plus de succès. Si les musiciens jouent de leur instrument en mixant les notes, les DJs jouent du leur en mixant les samples et les morceaux.

Ainsi dans la scène musicale contemporaine naissante de Bombay où je travaillais, les DJs avaient souvent plus de succès que les groupes auprès du public (mais aussi des organisateurs pour des raisons de couts). On voit de plus en plus d’artistes comme Midival Punditz qui samplent des morceaux de musique traditionnelles pour les remixer avec des beats contemporains. Mieux ceci donne lieu ensuite à des collaborations live où DJs et instrumentistes.

En France aussi depuis plusieurs années des artistes comme Rubin Steiner innovent, fusionnant les styles et mixant l’électronique et le live avec brio.


Extrait dvd live de Rubin Steiner par sam811



Conclusion


Vous l’aurez compris on est loin de l’ancien modèle, “je produit des chansons, un album, je presse un CD et je le vends”. Dans un monde où chacun peut être producteur ou diffuseur et où les contenus musicaux sont disponible en quantité quasi-illimitée, il faut arrêter de regarder sur le passé et focaliser le présent.

Quelque soit le futur de la musique, la production et la diffusion de playlists par les fans et le remix seront des usages majeurs avec lesquels ils faudra compter. Les changements qui surviennent sont certainement perturbants mais à mon avis nous sommes à la veille d’une explosion de créativité qui ouvrent un nouveau monde d’opportunités pour les artistes.

A propos de l'auteur

Lilian Ricaud est derrière le site http://www.toc-arts.org, un projet à destination des artistes, des organisateurs de spectacles, des associations et du public avec pour but de vulgariser les nouvelles technologies et les nouveaux modes de collaboration en ligne pour soutenir les scènes artistiques et leur diversité. Lilian Ricaud a également été consultant en stratégie web de blueFROG Bombay, un projet musical regroupant salle de concert, studio d’enregistrement, production de musique et promotion d’artistes.

4 commentaires

  1. AlexTwist says:

    je vais revenir sur les playlists, sujet que je maitrise mieux et qui me concerne d’avantage que les remixs, mash-ups etc. qui me laissent d’avantage de marbre quoi que je n’y sois pas opposé sous certaines conditions (le talent entre autre chose).

    il est écrit:
    “La où avant quelques majors sortaient quelques compilations par an, ce sont maintenant des milliers de personnes qui créent et diffusent leur playlists.”

    je me dois de corriger ce point.
    La compilation est certes chez les majors, un classique pour faire de l’argent , et en général conceptuellement ça n’allait pas bien loin (souvent des compilations de tubes) mais je pense que l’article néglige totalement la réelle culture “compilation” qui existe depuis les années 60 et s’est particulièrement développé à la fin des 70s.
    Parler de deux trois compilations par ans, par major c’est un chiffre très bas, et ça exclue la vivacité des indépendants dans le domaine.
    La compilation a toujours été au centre de certains genres musicaux, ça a été bien avant internet un vecteur de découverte et de prescription.
    Dans le garage rock, il y a plus 1000 compilations répertoriées, et une bonne majorité a été réalisée en une quinzaine d’année! on est loin des deux ou trois par ans, dans le garage il s’agit d’un art de vivre, de compilations souvent bootleg et en pressage limité mais très apprécié des gens du circuit, en gros des playlist de collectionneurs particuliers qui se font plaisir et font du semi-industriel / semi-artisanal …
    ce phénomène ne touche pas que le garage-rock, le hip hop avait ses mixtapes, la musique électronique les cds mixés, et de la même manière c’était source d’informations pour les gens, et surtout de sélection de l’information.

    En gros le phénomène de “curateur” a à mon sens rien de neuf à part la puissance des outils d’internet, mais en somme on ne fait que réinventer la roue, sélectionner de la musique de façon cohérente pour faire découvrir des artistes, c’était déjà fait par les magasines dans les années 90
    en un sens quand un blog fait une compilation, ils reproduisent ce schéma en y appliquant des technologies modernes

    par contre je vous rejoins totalement sur le fait que la playlist et de façon général ce qui permet de faire de l’éditorial avec des goûts “humains” a de l’avenir, et c’était déjà la logique à l’œuvre derrière les fanzines, les bonnes revues musicales, et les blogs
    l’essentiel étant de conserver une politique éditoriale “humaine” et ne pas chercher à tout prix à taper trop large

    enfin je jette en vrac des réflexions qui me viennent sur le sujet, passionnant, mais au fond, les curateurs et les playlists n’ont pas attendu le 2.0 pour exister, disons que l’outil permet de rendre la chose plus accessible…

    en tout cas c’est marrant, parce que aujourd’hui même j’ai commencé une série d’articles sur les compilations, et j’y fais le parallèle avec le concept de curateur
    je l’ai écrit il y a quelques semaines (j’ai prévu une série de 12 articles sur les compilations, ça demande du temps à écrire!)

    voilà le lien sur mon blog, avec le tag:
    http://www.requiempouruntwister.com/search/label/compilation

    ça donne une idée de la place des compilations, sur un plan historique en tant que vecteur de découvertes, favoriser l’émergence de style musicaux, instrument de promotion (les samplers) etc.

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  2. merci pour le commantaire.

    Je ne crois pas avoir dit 2 ou 3 compilations par an par major, mais comme vous le citez “quelques majors sortaient quelques compilations par an”.

    Au dela des chiffres ce qui m’interesse c’est la différence entre le nombre de compilations sorties par les labels, majors, … et le nombre énorme de playslists qui sont maintenant crées par les internautes (des bloggueurs musicaux, aux utilisateurs de ipod, ou de deezer ou spotify, en passant par les DJs, il doit en exister des dizaines de millions…)

    Je suis d’accord avec vous, la playlist et le phénomène de curateur n’est pas nouveau (dans l’article je disais que le playlisting par le public est un phénomène ancien et qu’avant on enregistrait nos compils sur cassettes…)

    Ce que j’essayai de faire ressortir dans l’article c’est la massification du phénomène, chaque internaute étant potentiellement un créateur de compilation (voire un remixeur) et surtout un diffuseur, et les conséquences de cette situation.

    Si les compils réalisées par un gros label pouvaient toucher un public important, les compils plus amateurs restaient généralement échangées à un niveau local.

    Aujourd’hui une compil/playlist peut toucher *potentiellement* le monde entier.

    De plus certaines compils, même si elles ne sont pas de créations pures, peuvent être très créatives. Des compils sorties par des DJs comme Claude Challe avec Buddha Bar ou Café del mar ont eu un certains succès et sont attendues par les fans comme des créations.

    Donc si l’usage n’est pas nouveau, sa massification grâce à internet et la technologie, elle l’est. Une conséquence pour les artistes et leurs créations c’est que, pour faire écouter leur album, ils sont en concurrence non seulement avec les autres artistes et leurs créations, mais aussi avec les compilateurs, du DJ #1 à l’internaute lambda qui partage sa playlist avec ses amis sur Facebook.

    Il me semble en ce sens que le fait de reprendre des morceaux et de les recombiner (que ce soit un extrait ou un morceau entier) est en train de passer d’ un usage “marginal” à un genre de création majeur, qui comme vous le dites “permet de découvrir des pépites”, mais parfois mieux “donne vie à des genres musicaux”.

    Je trouvai intéressant aussi de voir des playlists illustrées qui, si elles n’ont pas le charmes des compils faites mains au feutre et au stabilo, procèdent de la même intention créative.

    Je ne connaissais pas l’histoire de la C86, merci pour le lien et l’article.

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  3. alextwist says:

    j’ai un rapport un peu compliqué avec internet, je me sers des outils à ma disposition, y compris les playlists d’ailleurs (j’en ai proposé pas mal à Topito qui en a publié plusieurs) mais j’ai l’impression que cette “démultiplication” des moyens est à double tranchants: d’une part il y a certes un accès plus facile à tout, mais paradoxalement cet accès facilité rend les gens moins curieux.

    Avant l’information mettait peut être plus de temps à se propager mais les passionnés arrivaient à les obtenir, et en galérant un peu, des disques produits par un groupe du New Jersey se retrouvaient chroniquer dans un fanzine français et quelques disquaires les commandaient pour leurs clients.
    L’accès à cette masse d’information est un peu comme une bouteille à la mer, il faut évidemment (et là je vous rejoins totalement) des curateurs pour aider à l’organiser, mais de la même manière que le contenu doit être organisé, les curateurs doivent aussi être sélectionné, ce sera fait par la force des choses, de la même manière que Pitchfork s’est imposé comme le principal webzine sur la musique “indie” de langue anglaise et qu’il est difficile aujourd’hui d’aller les tacler sur leur créneaux (en revanche il est tout à fait envisageable d’aller sur des niches, des genres plus spécialisés et être plus “pointus” mais avec forcément moins de lecteurs)
    je pense que le phénomène sera similaire avec les playlist, par la force des choses certains curateurs seront plus suivis que d’autres, et quand certains seront bien installés il sera difficile de les déloger, au fond il va se passer dans cet espace virtuel le même schéma que dans le monde réel, car l’incertitude y est la même, et qu’il faut donc des “tris”

    alors peut être que je suis pessimiste, et que la barrière entre producteurs et auditeurs va s’estomper, mais rien n’est moins sûr, cette barrière était déjà “floue” dans le secteur indie où le système D amène des non-professionnels à devenir des acteurs parfois juste pour le plaisir d’en être.

    Par beaucoup d’aspect, il n’y a pas tellement de nouveauté sur internet à par 1) la vitesse de propagation et 2) le caractère “massif”
    mais sinon beaucoup d’éléments du virtuels sont finalement des transcriptions de ce qui existe dans le réel
    le blog est un fanzine, la playlist une compilation maison etc.
    mais oui c’est un formidable outil de diffusion, que j’essaie d’utiliser et que j’aime, mais sur lequel j’essaie de m’interroger

    enfin pardon je balance un peu les idées qui me viennent comme ça à brûle pourpoint, mais globalement je suis ok avec vous pour dire que “la curation” est très importante sur le net, et que pour les groupes indies il ne s’agit pas d’être partout mais plutôt au bon endroit!

    en tout cas du coup le lien vers mes playlists héhé:
    http://www.topito.com/topiteur/alextwist

    qui valent ce qu’elles valent ah ah

    je pense aussi m’y mettre sur mon blog

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