Wednesday 22 Oct 2014

Le nouvel album de Beck? uniquement et seulement sur partitions..un nouveau format?

preludefornication

Petit article direct live from Barcelone, où je participe au Futur of Music Forum. J’étais modératrice sur un panel ce matin sur le social media et la musique, la gratuité vs l’accès …Dans les discussions en aparté que nous avons eu ensuite, nous avons parlé justement des outils pas du tout “social media” compatibles, du moins tel qu’on l’entend maintenant, que certains artistes utilisent pour lancer un album. Et la discussion  s’est portée sur Beck.

Vous savez Beck,  ”I’m a loser baby so why don’t you kill me”….C’était la fin des années 90…Pour moi, Beck a fait bien plus pour le rock que le “Smells like teen spirit” de Nirvana. Je sais, Beck,  c’est aussi l’auteur de Odelay et de pas mal d’autres choses.  Il a aussi produit et écrit la plupart des chansons du troisième album de Charlotte Gainsbourg IRM.

Pour la sortie de son nouvel album, Song Reader, il a décidé de le livrer uniquement…sous la forme de partitions. Pas de CD, de digital, de vinyle….juste des partitions.  20 partitions, inédites et jamais enregistrées. Elles sont accompagnés de 18 chansons écrites. Au total ce sont 108 pages de partitions mises en images par une demi douzaine d’artistes dont Marcel Dzama, l’auteur de la pochette de Guero (2005) . Alors d’un point de vue RP, on en parle…mais on ne parle que de la manière dont il sort l’album car peu d’entre nous vont acheter les 20 livrets de couleur (une pour chaque chanson) pour lire la musique…Même si secretement j’adorerais être devant un chevalet avec un instrument de musique pour la découvrir…Mon romantisme..

Ma question est: Comment les gens vont entendre parler de l’album si on ne peut pas l’écouter?  (Pour info sur son site, vous pouvez commander les 20 livrets signés par Beck pour 50$. )

Le truc pas mal (ou pas), c’est qu’il invite donc les musiciens et les fans à jouer eux mêmes les morceaux de Song Reader. Mais aussi à enregistrer leurs propres versions et à les publier.  Les meilleures seront mises en avant sur son site.

Maintenant, une part de moi espère, attend, que Beck sorte son album avec sa musique…ou peut être ne jouera t’il cette musique qu’en concert?  Après je trouve cela quand même terriblement excitant. Je lis très mal la musique. Du moins, pas comme Beck…mais en même temps, avec cet album, n’est ce pas quelque chose qui va durer plus longtemps que la nouveauté?

Song Reader, est une expérience de ce que peut être un album, peut-être, à la fin de l’année 2012 – une alternative qui emmène “l’auditeur ” à l’interieur de chaque titre, de chaque piste. C’est aussi visuellement absorbant . C’est ce que Beck explique sur son site Internet , sa volonté d’ «expérimenter ce que pourrait être la musique fin 2012.»  Song Reader, devrait en effet être livré à la fin de l’année,

Mais  c’est quand même positivement insupportable. Ne vous méprenez pas: j’aime le projet en  lui-même. Mais  on n’écoute quand même pas Beck...

Alors c’est le premier, à ma connaissance, à sortir un album uniquement sous la forme de partitions, mais il y a plein de moyen de lancer de “manière différente” un album. Mathieu Gandin avait donné quelques exemples dans cet article. Il nous disait  ”qu’après le vinyle, la K7 audio fait son retour, et certains labels indépendant se lancent ainsi dans des idées de formats les plus fous. Parmi tous ces petits labels, Auris Apothecary 182 est impressionnant autant musicalement, tant la production de ces disques est psychédélique, noisy et exigeante, que pour le packaging totalement hallucinant. Récemment j’ai reçu une K7 de deux titres de Sitar Outreach Ministry183 (du folk narcoleptique), ledit objet est emballé dans une jaquette en carton faite main, avec plusieurs feuilles, une vieille ficelle et un sac en plastique donnant à l’ensemble un goût de substance hallucinogène.

Auris Apothecary n’en est pas à son premier coup d’essai, il avait déjà proposé une dizaine de disquettes 3’’1⁄2 qui contenait chacune un morceau d’une minute trente d’électro-punk (il faut un lecteur de disquette pour retrouver les MP3…), un mini-CD avec 5 titres de folk-pop et d’autres K7 audio encore… À noter que le label remixe aussi des bandes-son de jeux vidéo sorties il y a vingt ans sur Super-Nes et produit parfois des objets comme cette anti-cassette de Unholy Trifoce crucifiée avec des clous… ».

Voilà, donc en 2012, on peut certes sortir son album sous la forme de cassettes,  ou très old school, juste et uniquement sous la forme de partitions…

A propos de l'auteur

Virginie Berger est la fondatrice de DBTH (www.dbth.fr), agence spécialisée en stratégie et business développement notamment international pour les industries créatives, les technologies de contenu et les services innovants. Elle est aussi l'auteur du livre sur "Musique et stratégies numériques" publié à l'Irma. Sur twitter: @virberg

8 commentaires

  1. Xavier Kurt says:

    Je pense que c’est une idée qui a de l’avenir. En tant que créateurs, on pète les plombs d’être mis sur le même plan que la musique à la con déversée dans les gares, les magasins, chez le coiffeur, partout où on n’a rien demandé. La musique a de moins en moins de valeur, et par réaction, on a envie de demander aux gens de refaire un effort pour aller chercher la musique. La partition c’est une tentation de plus en plus forte.

    Qui plus est, il pourra bénéficier de bons interprètes sur youtube. Son initiative est très bonne.

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    • Non pas “on”, mais “tu” petes les plombs. Dès lors que tu décides de mettre ta musique à disposition, donc de la commercialiser, automatiquement, elle peut être diffusée. Si tu estimes qu’elle vaut bien mieux que les coiffeurs ou la radio, c’est que tu penses que les gens derrière leur poste ne sont pas suffisamment bien pour l’entendre? La valeur n’est pas là. Pourquoi dans ce cas rendre sa musique publique?
      En pensant que les gens ne sont pas suffisamment bien pour écouter un titre derrière son poste pose un vrai problème à la musique…Il ne faut pas non plus être élitiste. La grande majorité de la population ne lit pas la musique, et ce n’est pas ce qu’on lui demande. Et elle a le droit. On peut aussi apprécier la musique juste en l’écoutant. En pensant que “sa” musique se mérite, et ne s’adresse qu’à des gens suffisamment éduqués pour la comprendre, ne va t’on pas non plus à l’encontre même de la culture?
      Et beaucoup sont néanmoins ravis d’être diffusés dans ces lieux dit “populaires “et donc de voir leur musique diffusée…

      Ensuite, je pense que Beck le peut, c’est Beck, il a l’expérience, le terrain, le public…et je ne doute pas qu’on entendra ces titres bientôt. Mais je ne crois vraiment pas que cela puisse être adapté à tous.

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  2. Nicolas says:

    Pendant 200 ans, entre l’invention de l’imprimerie et l’invention de l’enregistrement, les partitions étaient le seul moyen de sortir un “album”. Les compositeurs à cette époque n’avaient pas le choix.

    Encore aujourd’hui, beaucoup de jeunes compositeurs, et pas seulement classique, commencent par créer une partition. En tant qu’artiste, même pour un groupe de rock, le meilleur fan est celui qui peut jouer ta musique, autour d’un feu sur la plage, sur une scène dans une fête de village, ou avec son marching band à l’université. C’est pour cela que nous avons crée MuseScore et http://musescore.com pour que les artistes puissent partager leur partitions et faire en sorte que leur fans jouent leur musique!

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  3. Théophil says:

    Excellent de faire ça en 2012. Mais l’idée de diffuser la musique par la voie écrite n’est pas franchement novatrice les arrières grand-parents des rockeurs d’aujourd’hui le faisaient déjà…

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    • A ma connaissance, l’idée de faire ça en 2012 est totalement novatrice. Ce qui se passait avant se passer ainsi car il n’y avait pas d’autres moyens de le faire. Sans compter qu’en plus, ce ne sont pas les artistes qui diffusaient ainsi la musique mais les éditeurs. C’est ainsi que ce métier s’est crée, en allant collecter auprès des fanfares, groupes et autres l’argent dû aux artistes pour la réutilisation de leurs oeuvres…
      A cette époque, ni internet, ni sudio, ni radio…d’où la diffusion par le live, les 1ers éditeurs ET la sacem… mais en 2012, ça reste quand même sacrément..étonnant.

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      • Théophil says:

        Vos arguments semblent justes et documentés mais je ne vois toujours pas en quoi la diffusion écrite de la musique aujourd’hui serait plus novatrice que celle d’hier.
        Pardon mais avant la voiture il y avait la calèche. J’ai vu un type en armure conduire une calèche dans une ville médiévale cet été, je ne l’ai pas trouvé très novateur.
        L’initiative de Beck me semble relever plus d’un recyclage de recettes anciennes avec des outils récents. Au 21è siècle, c’est audacieux, c’est peut-être risqué, ça fera le buzz, mais pour l’instant sur le papier, ça n’est pas une folle révolution.

        Après reste à voir ce qu’en feront les auditeurs/internautes/musiciens. Si le projet est de distribuer sa musique comme on distribue le code source d’un logiciel, et laisser une communauté réinterpréter voire poursuivre l’œuvre, ça peut produire quelque chose d’énorme (mais également jamais aboutit).
        Et là, peut-être sa démarche ouvrira de nouvelles portes et posera de nouvelles questions. On verrait par exemple apparaître des Song Reader 1.0, Song Reader 1.1, etc.

        Par contre si les partoches sont payantes et que seule une poignée d’élus est “homologuée” par Beck pour être diffusée sur son site (comme je crois le lire dans votre article) alors l’histoire risque de se transformer en pétard mouillé ou buzz d’un jour…

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        • Je n’ai jamais dit que c’était innovant…je dis que c’était étonnant…Je crois n’avoir pas d’autres mots d’ailleurs pour décrire cela que l’étonnement…C’est un choix particulier.

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  1. Le nouvel album de Beck? uniquement et seulement sur partitions..un nouveau format? « la bibliothèque, et veiller

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