Wednesday 22 Oct 2014

Youtube, plus grande plate-forme de streaming (vs Deezer et Spotify), et sa rémunération.

legomusic

Nous attaquons un nouveau dossier. Du lourd. Youtube. C’est Julien Philippe, chef de projets chez DBTH et ex Digital Rights Manager chez Believe qui s’en charge.

Lorsqu’on parle de streaming ou de « musique à la demande » on pense souvent à Deezer ou Spotify les deux principales plateformes ayant un catalogue d’environ 15 millions de titres chacune avec leur lot de radios & playlists. Elles ont de quoi satisfaire les mélomanes et pourtant la première plateforme de streaming s’appelle Youtube. Le géant de la vidéo est très lié à la musique qui est la première catégorie en terme de consultations et parmi le top 10 des vidéos les plus vues dans le monde, 9 sont des clips musicaux.

« Youtube ce n’est pas du streaming » : c’est ce que certains me diront mais qui n’a jamais cherché un titre sur Youtube pour le faire découvrir à un ami ? Ce qu’on cherche c’est principalement le son et pas toujours la vidéo. Une étude de Nielsen montre qu’aux Etats-Unis la radio est dépassée par Youtube en terme de moyen d’écoute : 64% des jeunes écoutent la musique via Youtube.

Même s’il est vrai que les services de streaming comme Spotify n’existent que depuis peu dans ce pays et que les habitudes de consommations n’y sont pas les mêmes, cela démontre tout de même le rôle prépondérant de Youtube dans la sphère musicale. Avec son catalogue sans fin Youtube remplace petit à petit, la radio et la TV et devient une source inépuisable de contenu.

Rémunération

Parmi les reproches récurrents envers le streaming de la part des artistes ou des labels, on entend souvent parler de la rémunération très faible de ces services. C’est vrai que lorsqu’un label touche aux alentours de 2€* pour 1000 écoutes en streaming on se dit qu’il y a encore du chemin pour couvrir les frais de studio. Pourtant s’il y a bien un endroit où l’on trouve tout ce que l’on veut en terme de musique c’est bien sur Youtube, tous les groupes y ont leur clips, leurs vidéo live ou encore leurs titres et toutes sortes de remix officiels ou non.

Tout le monde trouve normal d’être présent sur Youtube, à peu près tous les groupes y ont leur chaîne ou bien laissent leurs titres accessibles et pratiquement personne ne s’en plaint.

Avez-vous déjà entendu un groupe se plaindre d’être sur Youtube ? Pas moi, il s’agit d’un acte fondamental pour exister sur le web, un peu comme être disponible à la Fnac pour un album (ok ca c’était dans les années 90…).

Bref être disponible sur Youtube est perçu comme un acte promotionnel et propice à la découverte de ses titres. Pourquoi n’en serait-il de même pour les plateformes de streaming ? Après tout il n’y a pas vraiment de différence si ce n’est le confort d’écoute : meilleur encodage, ergonomie & portabilité du service, mise en playlist etc.

« Oui mais le streaming ne rapporte rien » : c’est vrai que le streaming rapporte peu mais quid de Youtube ? Et bien Youtube peut rapporter, à l’instar des plateformes de streaming audio. Youtube a en effet passé des accords avec les ayants droits (afin de « légaliser » son contenu) ce qui entraîne le versement d’une rémunération.

Comment monétiser ?

La façon la plus simple est de passer par votre distributeur digital, et si vous êtes présents sur iTunes et sur les plateformes de streaming il est probable que vos titres soient déjà monétisés. En effet depuis un peu plus d’un an les principaux distributeurs digitaux ont conclu des accords avec Youtube et livrent les MP3 de leur catalogue à Youtube qui identifiera, à l’aide d’un algorythme façon Shazam, toutes les vidéos utilisant vos enregistrements.

Une fois les vidéos identifiées vous avez le choix entre :

  • Couper le son sur la vidéo si vous ne cautionnez pas cette synchronisation sauvage ;-
  • Autoriser l’utilisation de votre titre sans contrepartie ;
  • Monétiser l’utilisation de votre titre.

Et c’est cette dernière option qui nous intéresse car en activant la monétisation, Youtube placera de la publicité sur les pages concernées. La conséquence : ces fameuses pub « pre-roll » avant le lancement de la vidéo, un petit encart qui apparaît en bas de l’écran, bref tous ces petits désagréments qui deviennent de plus en plus courant sur Youtube mais qui rapportent aux ayants droit.

Mais combien ca rapporte ?

La monétisation est très variable en fonction du pays où le contenu est visionné, du type de publicité, de la popularité de votre vidéo : les annonceurs payeront plus cher pour être associés à la dernière vidéo qui buzz…

Et concrètement par rapport au streaming ? Et bien la rémunération est tellement aléatoire qu’elle varie de cent fois moins à cent fois plus que le revenu moyen en streaming.

Quelques chiffres : le revenu moyen d’une vue monétisée sur Youtube en France est d’environ 0,0004€ alors que le revenu moyen d’une écoute en streaming est de 0.01€ pour Deezer et 0.006€ pour Spotify**.

L’écart est énorme mais est-ce vraiment comparable ? D’un part les services de streaming ont pour vocation d’être le point d’écoute régulier des utilisateurs, si un titre plaît l’utilisateur aura tendance à le ré-écouter ou à l’ajouter à ses playlists : il y a potentiellement de multiples écoutes. Sur Youtube il s’agit principalement d’un moyen d’accès pour découvrir, que le contenu ait été partagé via les réseaux sociaux ou qu’on ait entendu parler d’un artiste à la TV/Radio le premier réflexe sera souvent d’aller consulter le leader de la vidéo en ligne.

Mais peut-on vraiment dépasser les 2 ou 3 écoutes par utilisateur sur Youtube ? Contrairement aux US, le streaming est très développé en Europe et si l’on cherche à maximiser ses revenus digitaux, il est nécessaire d’être disponible en streaming et d’avoir une stratégie concernant sa présence sur Youtube. Enfin, il est important de mettre les choses en perspective lorsqu’on peste contre les revenus Deezer ou Spotify.

*la rémunération de l’écoute en streaming varie énormément, d’une plateforme à l’autre, et surtout en fonction de l’offre utilisée par l’auditeur (écoute gratuite subventionnée par la pub ou bien forfait à  5 ou 10€).
**Chiffres relevés du Q1 au Q3 2012 pour un artiste en développement, ils reflètent les revenus reversés par les plateformes, il faut donc prendre en compte la marge du distributeur qui oscille entre 10 et 40% avant reversement au producteur.

Articles à suivre dans ce nouveau dossier: L’enjeu de Youtube pour les majors (lien avec l’annulation des vues Universal sur Youtube) et  La gestion de la monétisation (accord Sacem etc..)

A propos de l'auteur

Chef de projet chez DBTH (dbth.fr) et passionné de vinyles, Julien Philippe s'est forgé une expérience de la gestion des droits et de la distribution digitale après ses débuts chez Naïve puis en tant que Digital Rights Manager chez Believe Digital. Retrouvez le sur twitter http://www.twitter.com/julienphilippe_

32 commentaires

  1. Justement, distribué par Zimbalam, nous avons reçu la demande d’autoriser Youtube à utiliser nos empreintes audio… C’est quoi une empreinte au sens juridique et l’acceptation de livrer ses empreintes à google/youtube implique quoi exactement?

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    • Julien Philippe says:

      @Franz Du point de vue de votre contrat avec Zimbalam cela revient à livrer votre contenu sur une nouvelle plateforme de streaming. Le contrat Zimbalam étant non exclusif et sans engagement de durée, en acceptant vous ne vous engagez à rien.

      Reply
  2. Profitons-en pour rappeler que pour le diffuseur, donc YouTube en l’espèce, d’un point de vue technique il n’existe aucune différence entre streaming et téléchargement (dans le sens de download). Dans tous les cas, l’utilisateur qui reçoit l’information demeure absolument libre d’en faire ce qu’il veut.

    Dans ces conditions, tout écart de rémunération des ayant droits au motif qu’il s’agit de streaming et non de download est totalement injustifiable. L’acte effectué par le diffuseur étant rigoureusement le même, la rémunération doit elle aussi être identique. Chaque écoute sur YouTube, Deezer ou autre doit rapporter autant de droits (je ne parle bien que des droits) qu’un téléchargement sur iTunes Store ou autre.

    Les artistes doivent comprendre ce mécanisme s’ils veulent cesser (pour une fois) d’être les dindons de la farce.

    Bonne année, santé et bonheur à DBTH !

    Reply
    • @ patrice “tout écart de rémunération des ayant droits au motif qu’il s’agit de streaming et non de download est totalement injustifiable”. –> C’est votre version des faits. Techniquement et juridiquement cela n’est pas pareil. Donc, c’est normal qu’il y ai une différence. Si je peux me permettre une exemple: je possède un DVD que j’achète ou si je le loue au vidéo-club (Est-ce qu’ils existent encore?) je ne paie pas la même chose, c’est normal… dans le premier cas il est a moi définitivement, dans le deuxième, j’en jouis quelques heures et je le rends à son propriétaire.
      Il en va de même pour download et streaming. deux destinations différentes, deux tarifs différents.

      Reply
      • Si cela devrait être pareil juridiquement parce que c’est pareil techniquement, voir ma réponse à biblioroots ci-dessous.

        Rien ne vous empêche d’enregistrer le son de YouTube ou Deezer. C’est pareil je vous dit, un simple transfert de 0 et de 1 entre deux ordinateurs. Et c’est le client, l’ordinateur qui reçoit les données, qui décide de ce qu’il en fait. Ca s’appelle l’informatique, c’est pas moi qui l’ai inventé.

        Reply
        • Je ne parlais pas de piratage, je parlais de condition normale d’utilisation. Si vous enregistrez un son reçu (ça me rappelle la vieille méthode très frustrante de l’enregistrement cassette avec les radios) sur deezer il s’agit bien de “piratage” -bien que je contre-fiche de l’action, il s’agit bien de cela. Je sais bien que c’est l’ordi qui décide où il classe le dossier (dans une fichier temporaire ou dans un fichier accessible côté “lumière”), mais tout ceci revêt une forme légalisé et prévue au code de la loi, donc sanctionné ou non. Petit rappel cependant: La tendance du marché se confirme et les smartphones sont de plus en plus utilisés pour les flux en streaming. Ou récupère-t-on ce fichier sur ce genre d’appareil? Où? Nulle part! C’est aussi les nouvelles lois de l’informatique… d’où la différence dans les rémunérations… Mais s’il devait évoluer vers les mêmes tarifications que le downloading, autant dire que le streaming disparaitrait tellement il deviendrait onéreux !!! Et avec, toutes les offres mise en place à l’heure actuelle.

          Reply
          • En effet. Mais ce raisonnement vient d’un monde ancien dans lequel les actions interdites au pubic étaient matériellement impossible (fabriquer un vinyle, installer un émetteur de radio ou de télévision) ou, au minimum très couteuses (ne pas ramener le DVD loué et payer la caution).

            Mais nous ne sommes plus dans ce monde là. Tout abonné à internet peut, pour le prix de sa connexion, proposer en direct images, musiques, textes, films à plus de deux milliards d’êtres humains. Comment allez-vous contraindre tout ces gens à ne pas faire ce qu’il est si facile de faire.

            La solution que vous semblez cautionner, celles des terminaux captifs comme les smartphones, peut en effet, pour un temps de plus en plus court (souvenez vous du cryptage des DVD Blu-Ray) placer les individus dans un monde où ce sont les objets et leurs fabricants et non les utilisateurs qui décident de ce que vous pouvez faire ou pas.

            Voudriez-vous sérieusement vivre dans un monde comme celui-là ?

  3. biblioroots says:

    Je vous cite :

    “Pourquoi n’en serait-il de même pour les plateformes de streaming ? Après tout il n’y a pas vraiment de différence si ce n’est le confort d’écoute : meilleur encodage, ergonomie & portabilité du service, mise en playlist etc.”

    Là je ne suis pas convaincu, Youtube propose des fonctions de playlists, et l’ergonomie et la portabilité sont là aussi via les applis IOS et Androïd (d’autant plus qu’une fonction permet de régler la qualité de la vidéo et donc d’adapter à son propre débit)

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    • Julien Philippe says:

      Oui mais il reste encore du chemin à faire en terme d’ergonomie, ils ne sont pas encore au même niveau

      Reply
  4. biblioroots says:

    @patrice lazareff

    Votre raisonnement tient d’un point de vue “artiste”.

    Mais pour le consommateur / utilisateur ça ne tient pas car il ne dispose pas des même possibilité d’usage en récupérant un fichier, qu’en écoutant en ligne.

    Il ne peux donc pas accepter certain tarifs pour le streaming qu’il accepte pour “l’achat” de fichier mnumériques. Type Itunes store.

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  5. @biblioroots

    Non, c’est surtout le point de vue d’un technicien du web d’abord, d’un juriste ensuite, d’un pro de la musique enfin :-)

    Si vous êtes abonné à Canal+, l’auteur d’un film touche les mêmes droits, que vous enregistriez le film ou pas.

    Sur internet c’est pareil. Que vous alliez sur iTunes Store pour downloader une chanson, ou que vous alliez sur Deezer pour l’écouter, le serveur auquel vous vous connectez effectue exactement les mêmes opérations :

    1. Il reçoit une instruction de votre part “je veux que tu m’envoies les données de tel fichier”
    2. Il envoie les informations (que ce soit gratuit ou payant ne change rien)
    3. Vous recevez les informations et en faites ce que vous voulez, les diriger immédiatement vers vos enceintes et les jeter ou les conserver dans un ficher pour les (ré)utiliser plus tard.

    En fait, le streaming c’est comme prendre une douche tandis que le téléchargement c’est prendre un bain, utilisation immédiate d’un côté, retardée d’un autre. Mais notez que dans l’un et l’autre cas, ni la compagnie des eaux (le fournisseur de contenu), ni la société qui gère l’acheminement (le FAI) ne peut vous forcer ni vous empêcher de faire l’un plutôt que l’autre.

    La musique est, que ça plaise ou pas, dé-ma-té-ria-li-sée. Cela signifie que ce n’est plus un produit que l’on vend mais une information que l’on diffuse. Downloader sur iTunes ou écouter sur Deezer, c’est la même chose. Seule la puissance médiatique des lobbies tentent de faire croire que non, mais ils mentent pour maintenir le modèle économique du monde physique. Mais même sur iTunes, en bonne logique il n’y a pas vente d’un bien mais paiement d’un droit de reproduction qui déclenche une diffusion, ce sont les faits. Or, le droit d’auteur prévoit qu’en cas de diffusion, c’est le diffuseur qui paie les droits (charge à lui de les faire payer au client final par abonnement ou à l’acte, cela ne nous regarde pas ici).

    Donc, à acte identique — diffusion — droits identiques.

    Ce n’est qu’une fois cela posé, que l’on peut en effet discuter des services annexes qui entourent le commerce de ces droits (playlists, cloud, conseil, tout ce que vous voudrez) et qui, eux, peuvent justifier une différence de tarif final. Les services, oui, mais les droits, non.

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    • Julien Philippe says:

      Lorsqu’un utilisateur achète un titre sur iTunes il n’en est pas propriétaire, il achète une licence. Pour le streaming ce que l’utilisateur paye c’est l’accès au service d’écoute. Même si techniquement les deux actes sont similaires, les conditions d’utilisation sont différentes.
      Après si l’utilisateur veut graver le titre télécharger il le peut (pour revenir sur l’exemple Canal+) alors que dans le cas du streaming s’il enregistre le fichier et le grave ce n’est pas autorisé.

      Bref, les services et donc le prix sont différents.

      Quant à la rémunération des ayants-droit (A/C/E) c’est à la Sacem qu’il faut s’en prendre; elle qui autorise et fixe les rémunérations pour ces services.

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      • Comme je le dis en réponse à Franz Robert plus haut, je reconnais le raisonnement, mais je pense que ses fondements se trouvent dans une réalité qui n’est plus la nôtre, savoir l’époque où ce qui était interdit était matériellement impossible et non à la portée de tout un chacun, gratuitement en un clic.

        Et le problème que cela va nécessairement poser est que les accords entre producteurs et ces divers services (Google, Apple essentiellement) étant entièrement dans la sphère privée, ces acteurs instaurent de fait une sorte de licence globale qui ne rapporte aux auteurs qu’une infime part de ce qui devrait normalement leur revenir, de plus de manière indirecte.

        Je peux télécharger illégalement tout ce que je veux, par download ou enregistrement d’un flux, il me suffit d’importer ces fichiers dans iTunes pour qu’Apple les “légalise” grâce à son service iTunes Match pour $24.99 par an.

        C’est pourquoi, il me paraît crucial que les artistes se mobilisent pour dénoncer ces pratiques dont la logique s’ancre dans le commerce de support et est parfaitement obsolète. Sinon, il seront bien les dindons de la farce comme je l’ai écrit initialement.

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      • yt75 says:

        Bonjour, c’est vrai que l’on peut considérer que c’est pareil, mais dans l’utilisation ça n’est pas le cas.
        Mais de manière plus générale, pour que l’offre légale puisse se développer et en particulier autour de l’achat à l’acte, il faut à mon avis vraiment sortir de l’esprit “copies et fichiers” pour passer à “licences” ou “si j’ai acheté ça, ça marche et puis c’est tout”. Et beaucoup plus ou autant que des questions techniques, le problème autour de ça est un problème de rôles et surtout séparation des rôles, ceci un peu plus développé ci dessous :
        http://iiscn.wordpress.com/2011/05/15/concepts-economie-numerique-draft/
        ou texte (2007) :
        http://iiscn.files.wordpress.com/2011/03/copies_licences.pdf
        Globalement le principe : offrir une vrai plus value à acheter par rapport à pirater dans le fait de ne plus s’occuper de fichiers, et accès à ce que l’on a acheté de n’importe laquelle de ses machines, mais dans un environnement non monopolistique et avec vrais contraintes de confidentialité sur sa bibliothèque personnelle.

        Reply
  6. Jaure says:

    Bonjour,

    Un artiste complètement indépendant qui ne serait pas distribué sur itunes et autres peut-il espérer monétiser sa musique sur youtube? A partir de combien de “vues” peut-on espérer être “pris au sérieux” par les annonceurs?

    Reply
  7. Biblioroots says:

    @Patrice

    Merci pour vos lumières mais je crois qu’on était tous au courant ici et moi y compris qu’un flux dit streaming copie toujours de la donnée sur ton terminal (ordi…).

    Le problème est plus juridique que technique selon moi et dans la restriction des usages.

    Mais ce problème existe déjà dans le monde physique. On n ‘achète pas le support mais bien les droits aférents à une utilisation délimitée juridiquement par les ayants droits.

    Un exemple : vous achetez un dvd 9 euros à la fnac à la médiathèque, car je bosse en médiathèque, on paye un DVD 50 euros d’argent public en moyenne, car en fait on achète le droit de prêt et de consultation sur place et non pas le disque.

    Moi je pense comme celui qui paye, pas celui qui veut gagner de l’argent en vendant de la culture. Et en tant que payeur, je revendique juste d’avoir les droits sur mon environnement logiciel et sur les contenus que j’achète.

    C’est tout le problème de la “dématérialisation”, qui n’en pas une, puisque c’est plutot une délocalisation des données en visant une mainmise sur les contenus. Je rappelle que le disque dur, même s’il est différent du CD, reste un support PHYSIQUE, pour preuve, toute ma musique est sur des disques durs, et je peux du coup en faire ce que je veux !!!!!!!

    La musique est juste loin sur des serveurs…

    Moi je privilégie l’écoute en ligne (pour la simple écoute) et je récupère mes sons en fichier numérique sans DRM pour le reste de mes usages. Sinon j’achète pas, je préfère acheter le cd et l’encoder. J’aime pas l’idée qu’un fournisseur de contenu puisse du jour au lendemain m’empêcher d’écouter un Bob pour une obscure raison juridique …

    Reply
  8. Biblioroots says:

    autre chose, dire que DL ce qu’on veut est à la portée de tout un chacun est faux.

    Pour être au contact de nombreux différents publics, il existe plusieurs catégories d’usagers et consommateurs de musique et idem pour les usagers d’internet.

    Il faut être à la fois calé en musique mais surtout calé sur Internet pour pouvoir au sens propre : trouver la musique que l’on veut gratuitement en DL sur le net.

    Vous et moi on sait comment faire, énormément de gens n’en ont aucune idée, au deuxième clic, on les perds et ils préfèrent payer parce qu’en fait c’est plus simple.

    Je me méfie de ce genre de généralités. Y a des gens qui ne savent même pas ce qu’est double cliquer, j’en croise tous les jours !!!

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  9. @Biblioroots

    Merci de ces précisions.

    Comme je connais mal le fonctionnement des médiathèques, je serais heureux de savoir si des droits sont reversés par la médiathèque à chaque nouvelle location, ou bien est-ce que les 50€ sont un montant forfaitaire indépendant du nombre de locations ? (ou selon la durée pendant laquelle la médiathèque peut proposer le DVD à la location, ou autre…). Et ces droits sont-ils variables selon l’œuvre (un film vau-il plus qu’un autre, et si oui, selon quels critères ?)

    Sinon, j’ajoute juste, et toujours sur le chapitre technique, qu’il faut prendre en compte l’évolution technique en ce qu’elle donne au public un rôle de diffuseur, comme l’a reconnu Pierre Lescure dans le 7/9 du Mouv’ le 31 août dernier.

    Que le public ait une bonne ou mauvaise maîtrise de sa capacité technique de partage des œuvres n’est pas à prendre en compte à mon avis. De même que tout possesseur de télévision est présumé téléspectateur et paie une même redevance qu’il soit devant sa télé 18 heures ou 20 minutes par an, de même tout abonné à internet doit être présumé diffuseur d’œuvres enregistrées.

    C’est pourquoi, je pense qu’il faut mettre en place des mécanismes de gestion collective des droits voisins pour supplanter les accords au cas par cas entre producteurs et diffuseurs, afin d’harmoniser les pratiques et les droits entre les usages. J’ai la faiblesse de penser que de telles mesures ne se feraient pas au bénéfice exclusif “de celui qui paye” ou d’une autre partie. Le droit d’auteur était historiquement un moyen de trouver un point d’équilibre entre les intérêts particuliers des artistes à vivre de leur travail et l’intérêt général du public d’accéder à la culture. Cet équilibre est totalement détruit, il faut en trouver un nouveau.

    Reply
  10. biblioroots says:

    @biblioroots

    Pour être très clair, les droits sont négociés avec les ayants droits film par film !!!

    Seules quelques société commerciales et une association l’ADAV gèrent ce marché (bibliothèques et collectivités).

    Les prix des films varie selon cette négociation, certain n’ont que le droit de prêt, d’autre combinent prêt et consultation sur place (mais pas diffusion publique, pour ça il faut s’acquiter du droit de projection à 250 eu la projection en moyenne).

    Le volume de prêt et la durée de mise en circulation du document ne sont pas pris en compte dans cette tarification.

    Cela explique également que certains films ne se trouvent jamais en médiathèque (les ayant droits refusent tout simplement).

    Là ou je vais peut être vous faire bondir, c’est que ce modèle est valable pour le DVD, mais pas pour le CD qui est prêté par les médiathèques sans payer de droit, grâce à un “vide” juridique !!!

    Le droit de prêt sur les livres est quand à lui forfaitaire, non pas sur le volume de sortie d’un titre, mais en fonction de la taille de la commune et du nombre de prêt de livres qu’elle effectue !

    C’est un véritable imbroglio, qui sclérose le secteur, empêche l’innovation culturelle publique et crée de fait des marchés de niche captif pour les fournisseurs de contenus. La médiathèque ne peut numériser et prêter ces livres elle même ni ses DVD, car c’est illégal pour elle, même au titre de la diffusion culturelle publique qui pourrait être une exception au droit d’auteur.

    On voit clairement quels intérêts ou quels lobbys influencent les lois. Pas celle d’une culture pour tous. Mais celle productrice d’une culture qu’on cherche a capitaliser au maximum en créant de la valeur ajoutée.

    Du coup nos impôts servent à payer des DVD à 50 eu la pièce, des offres numériques partielles et bourrées de DRM et autres arnaques physiques ou numériques.

    Et nous ne pouvons pas nous positionner en tant qu’intérêt commun… Il n’y a qu’à voir les numérisation de livres, quasiment uniquement portées par des acteurs privés.

    Le danger à moyen terme c’est que les fournisseurs de contenus prennent des décisions arbitraires type retrait des catalogues ou pire censure pure et simple… Quand il n’y aura que du numérique il sera trop tard !

    Le pire, reste une modification abusive des CGU des sites voire une fermeture pur et simple. Qui peut sérieusement penser que Google Youtube ou même Apple seront éternels ??? Et là quid des contenus ?

    Musicalement vôtre :)

    Reply
  11. Merci à Julien, Patrice et Biblioroots pour ce débat passionnant.
    La complexité de la situation génère une paralysie chez les ayants-droits (dont je fais partie) et cela devient préoccupant. Patrice a raison il me semble en disant que les décisions de répartitions sont issues d’un monde basé sur le support physique qui se meurt lentement mais surement, alors que la dématérialisation est le nouveau maitre-mot. Biblioroots pointe justement les dangers du “tout numérique” ou “dématérialisé” avec les incohérences que cela ne manquera pas de produire tôt ou tard…
    Personnellement, c’est fort à regret que je vois s’instaurer une pratique publicitaire sur les contenus vidéos. Je ne l’ai pas désiré pour mon contenu personnel et pourtant Youtube fait le forcing pour le généraliser, j’ai fini par céder en me convaincant à tort, j’en suis persuadé, que cela rapportera toujours ça en plus… (you, bastard you!!!).

    Reply
  12. Jaure says:

    Bonjour,

    Un artiste complètement indépendant qui ne serait pas distribué sur itunes et autres peut-il espérer monétiser sa musique sur youtube? A partir de combien de “vues” peut-on espérer être “pris au sérieux” par les annonceurs?

    Reply
    • Julien says:

      Bonjour Jaure,

      A partir du moment où l’on a un compte Youtube il est possible de monétiser mais cette monétisation sera bien moins importante (car reposant sur AdSense uniquement) contrairement à la monétisation via un agrégateur qui passera par la régie publicitaire de Youtube (plus rémunératrice).

      Reply
  13. Jude Lu says:

    L’article suscite des échanges intéressants !!
    J’avais juste une question un peu hors sujet : “Contrairement aux US, le streaming est très développé en Europe”
    Comment est donc consommée la musique Outre-Atlantique ?

    Reply
    • Julien says:

      En fait le streaming “à la demande” existe depuis très peu de temps aux US (Spotify a lancé sa version beta en Juillet 2011). Les américains depuis une dizaine d’années connaissaient surtout des services comme Pandora qui sont des services de recommandation ou “smart radios” qui permettent d’écouter de la musique en streaming mais l’utilisateur ne peut pas choisir un titre en particulier.

      Reply
  14. Maxime Jacquard says:

    Juste pour rebondir sur la fin de cet échange (très intéressant) et apporter ma (petite) pierre à l’édifice

    Je remarque que le rapport vente / streaming diffère très largement sur deux critères :
    - Le rapport vente / streaming est assez différent entre un single & un EP / Album. L’album aura un pourcentage de ventes beaucoup plus élevé qu’un single. Pour le single, on peut se battre d’avantage sur du streaming Deezer – Spotify et Youtube
    - Le rapport vente / streaming est également bien différent entre un artiste à développement français et un artiste étranger ou à développement international, qui verra son pourcentage de ventes par rapport au streaming bien plus important.
    - Enfin, j’ai l’impression (avec ma petite expérience et mes quelques références) que plus un artiste évolue dans sa carrière, plus les ventes seront importantes par rapport au streaming, principalement dû au fait que l’artiste passe du stade développement / découverte à une vraie base fan qu’il peut monétiser plus fortement.

    Reply
  15. Maxime Jacquard says:

    En fait ça fait 3 points !

    Petite précision pour l’album, ça permet de mettre en place des stratégies de précommande (prix spécial – titre offert) qui favorise l’achat

    L’album, on a envie de le graver, de l’écouter partout, en voyage (sans possibilité de streaming)
    Le single est plutôt quelque chose qu’on va découvrir, voir le clip sur Youtube, puis réécouter ponctuellement chez soi.

    Reply

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