La “blockchain” met l’imagination au pouvoir (1/2)

blockchain

La technologie de la blockchain, qui permet d’administrer le réseau de monnaie virtuelle et indépendante Bitcoin, est un système de confiance sans autorité centrale, qui repose sur un processus de consensus informatique distribué.  [Première partie]

A l’instar de l’avènement du Web au milieu des années 90, l’émergence de la “blockchain”, technologie au cœur de la gestion des transactions effectuées en monnaies virtuelles comme le Bitcoin, est aujourd’hui porteuse des espoirs les plus fous. Plutôt que de faire appel à des institutions bancaires pour garantir les paiements en bitcoins, la blockchain met en oeuvre un système de confiance entièrement autonome et distribué, qui ne repose sur aucune autorité centrale. De quoi la doter de fortes vertus émancipatrices.

Traditionnellement, c’est la banque qui joue un rôle de “tiers de confiance” entre l’émetteur d’un paiement et son bénéficiaire ; ou alors eBay, entre vendeurs et acheteurs sur sa plateforme. Avec la blockchain, plus besoin de “tiers” pour assurer la confiance, ni d’une quelconque autorité. Ce sont des ordinateurs qui s’en chargent, par consensus distribué. La transaction est directe, les éventuels frais de commission sont infimes, et les délais d’exécution très courts : une dizaine de minutes à attendre avant de recevoir les premières confirmations.

A l’échelle où les algorithmes de chiffrement de la blockchain sont mis en oeuvre – par de puissants ordinateurs appelés “mineurs” qui constituent les nœuds du réseau Bitcoin – son dispositif est parfaitement sûr et inviolable, sauf à déployer une puissance de calcul inimaginable. Plus la blockchain grossit – celle de Bitcoin fait plusieurs dizaines de gigaoctets aujourd’hui -, plus les moyens à mobiliser pour la compromettre sont gigantesques. « Le système est sécurisé tant que des nœuds honnêtes contrôlent ensemble plus de puissance de calcul qu’un groupe de nœuds qui coopéreraient pour réaliser une attaque », explique Satoshi Nakamoto (probablement la signature d’un collectif), dans l’article fondateur de la crypto-monnaie Bitcoin.

L’art du consensus informatique distribué

La blockchain est d’abord une base de données, qui garde une trace de toutes les transactions effectuées en bitcoins depuis l’origine de cette monnaie virtuelle. C’est en se référant à cet historique horodaté que les mineurs peuvent établir l’état des provisions de chacun. Ce livre des comptes de la monnaie Bitcoin n’est pas stocké sur les serveurs d’une entité unique, qui pourrait être une banque, mais répliqué par l’ensemble des mineurs du réseau, qui se chargent de remettre leur copie à jour au fur et à mesure que de nouvelles transactions sont confirmées. La blockchain est publique et distribuée, c’est à dire accessible à tous (sans que les parties d’une transaction ne puissent être identifiées autrement que par leur adresse Bitcoin) et répliquée partout.

Les transactions effectuées sur le réseau Bitcoin sont traitées par blocs. Dès qu’un nouveau bloc de transactions est validé par les mineurs, il est ajouté à la blockchain (d’où l’appellation “chaîne de blocs”, en français). Concrètement, les milliers de mineurs du réseau Bitcoin se font concurrence pour valider de nouveaux blocs de transactions, ce qui requiert une grande puissance de calcul. C’est au mineur qui parvient à résoudre un bloc de transactions le premier (en vérifiant toute la chaîne des blocs qui le précèdent et font référence les uns aux autres depuis l’origine), qu’il revient de l’inscrire dans la blockchain. Il sera rétribué par la création de nouveaux bitcoins, ou par une commission sur les transactions traitées. Faire du “minage” est d’ailleurs devenu un véritable business pour certains.

Chaque nouveau bloc est estampillé d’un “hashcash” par le mineur qui l’a résolu : une série de caractères de 32 octets obtenue au terme d’un calcul cryptographique complexe réalisé à partir des données du bloc. Le hashcash permet à la fois d’identifier le bloc, et de vérifier qu’il n’a pas été corrompu. Les mineurs disposent d’un moyen de vérification rapide de la conformité du hascash avant d’inscrire un nouveau bloc dans leur réplique de la blockchain et d’émettre une confirmation. Dans le dispositif de la blockchain, le calcul du hashcash de chaque bloc est une sorte d’épreuve imposée aux mineurs. Il joue un rôle de “preuve de travail” (proof-of-work en anglais). En clair, il garantit que la compromission du réseau nécessite une telle puissance de calcul qu’elle relève de l’impossible. Un fraudeur qui voudrait modifier un bloc devrait réactualiser tout l’historique aval des transactions, et recalculer un grand nombre de hashcash, en compromettant plus de la moitié du réseau à chaque fois.

Un levier d’émancipation

La blockchain rend possible l’échange direct de bitcoins entre particuliers sur Internet, en toute confiance et en toute transparence, mais elle a potentiellement de nombreuses autres applications, dans des domaines aussi divers que la gestion des droits de la musique en ligne, ou celle des échanges de biens et de services entre particuliers. Là où des institutions centralisées comme les banques ou les sociétés d’auteurs doivent parfois mettre en oeuvre des processus lourds et complexes, la blockchain permet de parvenir à un très haut degré d’efficience, à moindre coût et sans intermédiaire. C’est particulièrement vrai, notamment, dans la gestion des micro-paiements.

Mais cette technologie “pair à pair” a bien d’autres vertus que le seul fait d’optimiser les processus de transaction. Elle introduit également de fortes capacités d’autogestion dans les modes de gouvernance, comme en témoigne la possibilité de créer de toute pièce des cryptomonnaies, indépendamment de toute institution politique, bancaire, monétaire ou financière. Le pouvoir de créer de l’argent, qui avait d’une certaine manière été confisqué au peuple, est de nouveau entre ses mains. En s’appuyant sur un générateur de consensus distribué comme la blockchain, il devient possible d’organiser l’autogestion de toute sortes d’organismes, écosystèmes, communautés, et nouvelles formes d’économie contributive dotés chacun et chacune de leur propre système monétaire. C’est ce qui fait de la blockchain un formidable levier potentiel d’émancipation à l’égard de tous les pouvoirs centralisés.

 

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A propos de l'auteur

Journaliste, blogueur, franc tireur, libertaire, philosophe, hermétiste, guitariste, activiste, dillettante, libre penseur. @makno et http://rockthemusicbiz.blogspot.fr/

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